De l’obscurité à la lumière : mettre fin aux mariages précoces et forcés des enfants au Bénin

Le 24 février 2017

Les agentes de programme de CARE Canada, Evelyne Morin et Sarah Anderson, se sont récemment rendus au Mali et au Bénin pour faire rapport sur le projet TEMPS de CARE, qui travaille avec les communautés pour mettre fin aux mariages précoces. Voici une entrevue que Evelyne et Sarah ont réalisée avec la participante au projet, Odette Yedjendou du Bénin.

Les filles des communautés du Bénin et de Mali se retrouvent souvent mariées avant l’âge de 18 ans. Malheureusement, c’est une réalité que de nombreuses jeunes filles vivent à travers le monde. Dans les faits, 1 fille mineure est mariée contre sa volonté toutes les 2 secondes (ONU).

Je suis dernièrement retournée au Bénin pour une initiative de renforcement de l’autonomisation des filles. J’y ai rencontré des gens inspirants qui travaillent à apporter des changements durables dans les communautés. Odette Yedjendou est l’une de ces personnes incroyables qui se donnent à fond pour atténuer les effets du mariage précoce et forcé dans son village de Tohouehoue, à Couffo, au Bénin. 

Odette a cinq enfants et est membre d’une Association villageoise d’épargne et de crédit (AVEC). Elle participe également au projet TEMPS de CARE, qui vise à prévenir les mariages précoces et forcés des enfants. Comme membre du projet, elle a pris la parole dans le cadre d’une émission radio qui, en octobre 2016, a fait la promotion d’une campagne de mobilisation de 16 jours contre la violence à caractère sexiste.

Lors de séances communautaires de dialogue organisées en lien avec le projet, des femmes du groupe AVEC ont pris conscience de plusieurs points essentiels : des effets néfastes reliés au mariage précoce, des responsabilités éducatives des parents en matière de santé sexuelle avec leurs enfants, de l’importance de garder les jeunes filles (et les garçons!) à l’école, et des conséquences des mariages et des grossesses précoces. Ces séances ont aussi permis aux femmes d’exprimer leurs préoccupations en tant que mères et d’obtenir des réponses à leurs questions.

Les participantes aux séances de dialogue se font expliquer que si elles ont écho d’un mariage précoce qui se prépare, elles doivent communiquer avec l’une des personnes-ressources du projet TEMPS ou avec le Centre de promotion sociale. Jusqu’à présent, il a été possible d’arrêter de nombreux mariages précoces arrangés.

Le projet vise à examiner les raisons des mariages précoces et forcés, lesquels sont souvent profondément enracinés dans des croyances sociétales et culturelles entourant les rôles des femmes et des hommes. Les inégalités vécues par les femmes et les filles font en sorte que leurs opinions et volontés sont ignorées. La pauvreté a aussi une incidence sur les mariages précoces, lesquels signifient souvent que la famille a une bouche de moins à nourrir et peut recevoir le paiement d’une dot. La plupart des pays qui présentent un taux élevé de mariages d’enfants possèdent déjà des lois qui rendent la pratique illégale (même si, au Mali, l’âge requis par la loi pour se marier est de 16 ans pour les filles, comparativement à 18 ans pour les garçons). Cela dit, les lois ne suffisent pas. Les gouvernements doivent renforcer ces lois.

Quand Odette a commencé à assister aux réunions et aux discussions sur le mariage précoce, elle a amorcé un dialogue avec son mari sur les bienfaits du projet TEMPS et sur les conséquences du mariage précoce. Odette s’oblige aujourd’hui à parler de comportement sexuel responsable avec ses enfants, autant ses fils que ses filles. Ensemble, ils discutent de responsabilité, de maturité, d’abstinence et de contraception. Odette fait preuve d’une belle ouverture d’esprit et répond à toutes leurs questions. Elle est reconnaissante que CARE et le gouvernement du Canada aient implanté le projet TEMPS dans sa communauté.

« Avant ce projet, c’est comme si nous étions dans l’obscurité », dit-elle.

Grâce au projet TEMPS et d’autres projets développés dans la région, des femmes ont pris conscience qu’elles ont le droit de s’exprimer et de se prononcer sur l’avenir de leurs filles. Elles ont réalisé combien la scolarité et l’éducation sont essentielles pour façonner un meilleur avenir. Depuis la création du projet, en mars 2015, Odette a remarqué une baisse des mariages forcés. Selon elle, le travail de sensibilisation et le changement de culture dans la communauté ont fait leur chemin.


Vous pouvez aider à prévenir les mariages précoces et forcés.

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