Famine : 5 grands mythes

Pour les gens du Soudan du Sud et d’ailleurs qui souffrent de malnutrition extrême, le mot « famine » fait partie du vocabulaire qui décrit leur misère. Il n’est ni pire ni mieux que bien d’autres mots. Mais pour les personnes qui travaillent sur la ligne de front à lutter contre la crise alimentaire, ce mot porte de lourdes implications. Trop souvent, il est mal interprété.

Voici cinq mythes répandus concernant la famine qui vous fourniront une meilleure compréhension sur cet important mot.

1. Il y a toujours une famine en cours quelque part dans le monde.

Même si près d’un milliard de personnes souffrent de la faim dans le monde, les famines sont rares. Ces 15 dernières années, seulement deux famines ont été déclarées dans le monde. L’état de famine vient récemment d’être déclaré dans plusieurs régions du Soudan du Sud, mais la précédente famine a été déclarée il y a 6 ans en Somalie. Pour déterminer la sévérité de l’insécurité alimentaire dans une région donnée, les organismes humanitaires et les gouvernements se basent sur un ensemble de protocoles connu sous le nom de cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC).

Le niveau « catastrophe/famine » est la phase la plus sévère. Il est déclaré lorsque les seuils suivants sont atteints :

  1. taux de malnutrition aiguë chez les enfants surpassant 30 %;
  2. famine et misère touchant au moins 20 % de la population dans une région;
  3. taux de mortalité dû à la faim supérieur à 2 personnes ou plus de 4 enfants pour 10 000 par jour.

2. Les gens ne meurent pas avant que l’état de famine soit déclaré.

Quand une famine est déclarée, il est généralement trop tard pour bien des gens. Sur les 260 000 personnes décédées de faim ou d’une maladie reliée à la faim lors de la famine de 2011 en Somalie, près de la moitié sont mortes avant que la famine soit officiellement déclarée. Notre objectif devrait être d’éviter une famine, non pas d’attendre que l’état de famine soit déclaré. Pour les gens qui souffrent de faim ou de malnutrition, ça fait peu de différence qu’on parle de « famine » ou de « crise alimentaire ». La faim qui tue, c’est la faim qui tue. Les populations avaient besoin d’aide hier tout comme elles en ont besoin aujourd’hui. L’ONU a récemment annoncé que 20 millions de personnes sont à deux doigts de la famine au Soudan du Sud, dans le nord-est du Nigéria, au Yémen et en Somalie. Il est plus que temps d’agir dans ces pays afin de prévenir des millions de décès.

3. Les causes fondamentales de la famine, c’est le manque de nourriture.

La famine n’est pas causée uniquement par les sécheresses ou les mauvaises récoltes. Elle est une conséquence de la pauvreté extrême, souvent aggravée par la guerre. Souvenez-vous : la sécheresse qui a touché la Somalie lors de la famine de 2011 a aussi affecté le Kenya et l’Éthiopie, deux pays voisins. Et pourtant, seule la Somalie a basculé dans une famine, car elle était au cœur d’une zone de guerre. Sur tous les pays à risque de famine actuellement, le point commun est les conflits. La situation vécue dans la Corne de l’Afrique a démontré que les risques de famine explosent toujours drastiquement quand les sécheresses sévères se combinent à des conflits. Au Soudan du Sud, de violents conflits ont forcé des millions de personnes à fuir leur foyer, bloqué l’accès à l’aide humanitaire, détruit les moyens de subsistance et fait augmenter le prix des aliments au point de paralyser l’économie. La meilleure solution pour prévenir la famine à grande échelle au Soudan du Sud et dans les autres pays est d’obliger les groupes armés à déposer leurs armes et de permettre aux organismes de fournir de l’aide alimentaire vitale aux personnes les plus vulnérables.

4. Il suffit de donner de la nourriture aux enfants pour les empêcher de mourir.

Les enfants sont les plus touchés par la famine. Le manque de nourriture a un impact direct sur eux, mais aussi le manque d’aliments nutritifs et de suppléments, qui sont essentiels pour survivre à des maladies évitables comme la pneumonie et la malaria. Lors de la famine de 2011 en Somalie, près de la moitié des 260 000 personnes décédées ont été des enfants de moins de cinq ans. L’ONU a récemment estimé que plus d’un million d’enfants de moins de cinq ans souffrent présentement de malnutrition au Soudan du Sud. Les taux globaux de malnutrition chez les enfants de moins de cinq ans sont supérieurs de 30 % dans les régions du Soudan du Sud où l’état de famine a été déclaré et de 15 % dans les autres régions du pays, ce qui est bien au-delà des 10 % du seuil d’urgence.

5. Les dons sont plus indispensables après un état de famine déclaré.

Nous pouvons actuellement davantage prévenir la mort et la misère en intervenant rapidement. Les dons sont indispensables dès maintenant afin d’aider les organismes humanitaires à agir pour sauver des vies et éviter une situation de famine. L’ONU a demandé 4,4 milliards $ en financement d’urgence d’ici mars pour prévenir les désastres humanitaires au Soudan du Sud, au Yémen, dans le nord-est du Nigéria et en Somalie. Elle a besoin de ressources vitales dès aujourd’hui afin de prévenir des millions de morts évitables.


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