Trouver la rédemption : thérapie alternative pour des réfugiées en Grèce

8 février 2017

Par Vangi Dora, responsable des communications d’urgence, bureau de CARE en Grèce

Μέλισσα (Melissa) signifie « abeille ». Aussi bien dire que le Melissa Network Center à Athènes, en Grèce, porte bien son nom. Des réfugiées et des migrantes se rassemblent dans cet endroit animé comme une ruche pour interagir et se soutenir les unes les autres. Ce n’est pas simplement un refuge. C’est une maison. Pour ces femmes qui veulent échapper à la routine quotidienne, c’est un lieu pour rêver, espérer et se faire du bien. Dans ce Centre, il y a un espace pour chaque émotion, chaque situation, chaque nationalité, chaque âge et chaque religion. Tout cela m’a sauté aux yeux dès que j’ai été accueillie au Centre, où je m’étais rendue pour voir comment évoluait le projet Dramathérapie par le mouvement (Drama and Movement Therapy), un projet financé par CARE qui remporte un grand succès. J’y ai rencontré Katerina Polemi et Thaleia Portokaloglou, qui codirigent le projet.

Qu’est-ce que la dramathérapie par le mouvement?

« Durant les séances, des femmes sont invitées à devenir les vedettes d’une histoire et à improviser des rôles à travers lesquels elles peuvent exprimer leur vie et leurs émotions. Les scènes peuvent représenter des événements réels ou fictifs qui permettent à chacune de trouver son chemin vers ce qu’on appelle la "rédemption". La dramathérapie par le mouvement surpasse les barrières du langage. Ici, on communique avec nos corps », explique Thaleia.

 

Pour la plupart, les participantes sont de jeunes femmes qui proviennent de la Syrie, de l’Afghanistan et aussi de pays d’Afrique comme le Niger et le Ghana. Elles souhaitent toutes quitter la Grèce et retrouver leurs familles dispersées dans différents pays. Plusieurs d’entre elles rêvent d’étudier et d’avoir un travail.

« Elles aspirent à s’instruire et à utiliser leur créativité », dit Katerina.

« C’est tout un défi, précise  Thaleia. Chaque fois est différente. Chaque fois est unique. Il y a d’abord la barrière linguistique. Nous avons toujours deux interprètes, et parfois c’est difficile de faire passer les mots. Ensuite, il y a le traumatisme. J’ai souvent l’impression qu’on travaille sur des plaies ouvertes. C’est étonnant que ces femmes ne soient pas submergées par ces plaies qu’on touche. Ce qu’on crée, c’est un processus d’où émerge un puissant sentiment de force et d’unité. Nous et elles, ensemble. »

Cette méthode thérapeutique fait appel au mouvement et à des techniques de jeu pour connecter les femmes à leurs émotions et aussi aux autres femmes qui ont vécu un traumatisme. Afin que les participantes bâtissent des liens entre elles, divers moyens sont utilisés, comme des exercices de confiance, des jeux et des activités avec des accessoires ou avec des gestuelles. Ça peut être aussi simple qu’un contact visuel ou un câlin offert. Ça peut aussi être plus élaboré, comme un récit.

Pendant les séances, je vois que les choses bougent. Au début, les femmes hésitent à s’exprimer. Elles sont gênées, et ça prend un peu de temps pour que les activités démarrent.

« Les premiers instants de chaque séance, on invite toujours toutes les femmes à exprimer comment elles se sentent à travers un mouvement, explique Thaleia. C’est souvent très malaisant pour elles. "Vous me demandez de parler avec mon corps?" Leurs corps sont tendus. Pour plusieurs, c’est indécent ou tabou d’utiliser son corps pour communiquer.

 

Lorsque je demande à Katerina de décrire le temps fort de chaque séance, elle me parle du moment de rédemption où les femmes se sentent libérées.

« Dans chaque séance, à un moment donné, il y a un tournant. C’est comme si une digue se rompait soudainement et harmonieusement. L’eau commence à s’écouler, et c’est magnifique, peu importe que cette eau contienne de la joie, du chagrin, de la frustration ou de la colère. Quand ça survient, l’énergie se transforme et les femmes font corps avec cette eau. C’est un moment de libération. Il y a un espace pour chaque émotion. »

Je pose une dernière question à Thaleia et Katerina au sujet des rêves qu’elles nourrissent pour l’avenir du projet.

« La culture est très importante. Peut-être n’y a-t-il encore personne qui a demandé à ces femmes : "Comment allez-vous? ", "Que voulez-vous? ", "Quels sont vos rêves? " Nous espérons pouvoir maintenir les séances. Ce serait bien aussi d’avoir la possibilité de faire quelque chose avec certaines des filles qu’on voit souvent devant le Melissa Center. »


Le projet Drama and Movement Therapy est présentement financé par CARE et soutenu par des partenaires locaux dans le cadre d’une série d’initiatives pour aider les réfugiées. Apprenez-en plus sur les façons dont CARE appuie les réfugiées.