Une clé à molette pour dévisser les stéréotypes sexospécifiques : l’histoire de Nadima

Le 2 février 2017

Maxime Michel est responsable de programme pour l’équipe d’aide et d’urgence humanitaire de CARE Canada. Elle s’est rendue dans le nord de l’Irak en 2016 pour évaluer le travail de CARE auprès des personnes déplacées dans le camp de réfugiés Berseve 1.

Nadima Haydar m’offre un sourire timide lorsque je tourne ma caméra vers elle. Travailler, ça lui va. Mais se faire photographier, ça la gêne. Nadima est la première plombière du camp de réfugiés de Berseve 1, au nord de l’Irak.

Nadima n’aime pas rester assise à ne rien faire. Elle cherche toujours de quoi s’occuper. Entre deux tâches, elle fait une pause pour m’expliquer à quel point elle apprécie son travail.

Même si être plombier est un métier typiquement masculin, Nadima n’a aucun problème à prendre une clé à molette pour dévisser les stéréotypes. Tous ceux qui aident à gérer le camp sont heureux de pouvoir compter sur elle. De toute évidence, elle a su gagner le respect tant des femmes que des hommes du camp.

Tout au long de son enfance, Nadima a grandi sans homme au foyer. Son oncle lui a donc enseigné à devenir habile de ses mains.

« À la maison, j’ai toujours tout réparé », dit-elle.

Nadima vit au camp avec sa mère âgée et sa sœur dans une petite tente. Son frère vit également au camp avec sa propre famille. C’est difficile de savoir depuis combien de temps Nadima se trouve au camp… certainement depuis des années.

Avant de se rendre indispensable comme plombière, Nadima agissait comme bénévole pour CARE et Karikar, l’un de nos organismes partenaires. Elle faisait la promotion des mesures d’hygiène. Même si elle a changé d’emploi, elle continue de souligner tous les détails non hygiéniques qui lui sautent aux yeux et s’assure que les bonnes personnes en soient informées pour que tout redevienne propre rapidement.

Pour son travail, Nadima reçoit une allocation de 300 $US par mois. Ce montant est vite dépensé pour l’essentiel, comme de la nourriture, des vêtements et des produits de santé. Il en reste peu pour mettre des économies de côté.

Avant que le conflit en cours la force à être déplacée, Nadima, qui possède une neuvième année d’école, cultivait des tomates.

« C’est sûr que je préfère être plombière plutôt que cultivatrice de tomates », précise-t-elle.

Elle aime son travail. Elle en tire de la force et de l’autonomie. Je lui demande si son rôle de plombière lui a valu des réactions négatives ou des difficultés, puisqu’elle doit travailler dans des installations où se trouvent des femmes et des hommes.

« Tout le monde est ravi de voir une femme travailler », dit-elle.

Elle assure n’avoir vécu aucune expérience désagréable.

Je parle avec Nadima et d’autres personnes. Je marche dans le camp. J’observe. Je ne peux pas vraiment aider. Mais je suis concentrée à penser à toutes ces personnes réfugiées et déplacées que j’ai croisées en travaillant pour CARE. J’ai été privilégiée de rencontrer des réfugiés de la Syrie et d’autres lieux qui vivent dans des camps ou des pays hôtes. L’une des choses qui reviennent en boucle dans mes oreilles, c’est : « Tout ce qu’on veut, nous, c’est simplement travailler et faire vivre nos familles. Mais ce n’est pas toujours facile. » Plusieurs n’ont pas de permis de travail et sont des citoyens illégaux. Mais dans des camps comme Berseve, des organisations comme CARE parviennent à fournir des emplois aux gens et des possibilités pour eux d’être actifs et engagés dans la communauté. C’est leur chez-eux. Mieux que quiconque, ils savent donc comment les choses doivent s’y dérouler.

Alors que la crise mondiale des réfugiés continue d’évoluer, j’ai espoir que des femmes comme Nadima pourront retourner vivre dans leur foyer, en paix et en sécurité, auprès de ceux qu’elles aiment. En attendant, continuons de nous tenir pour elles, de les écouter et de leur donner des moyens d’action. Encourageons aussi les leaders du monde à mettre fin à la violence. 


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