Imaginez une vie sans eau: El Niño à Madagascar


L’eau est une chose que plusieurs d’entre nous, dans les pays développés, ont le luxe de considérer comme acquise. Elle est disponible, au bout d’un robinet, chaude ou froide, 24 h/7 j, n’importe quel jour de la semaine. Mais dans les pays de l’Afrique australe touchés par le phénomène climatique El Niño, l’eau fait toute la différence entre manger aujourd’hui ou pas, entre porter des vêtements propres et se laver ou non, et, ultimement, entre la vie et la mort.

Les villageois d’Andranogoa, dans le sud de Madagascar, ont vécu dans un enfer sec et aride tout au long de la dernière année et demie. En 2015, ils n’ont rien pu cultiver en raison du manque de pluie qui a provoqué de mauvaises récoltes à grande échelle dans la région. Et jusqu’à présent, l’année 2016 ne s’annonce pas prometteuse. Comme il est impossible de prévoir les conditions météo, les gens de la communauté n’ont plus qu’à prier pour espérer de la pluie.

La communauté compte essentiellement sur l’agriculture pour assurer de la nourriture aux familles. Il s’agit de sa seule source de revenu. En résumé : sans eau de pluie, il n’y a pas de récoltes, et sans récoltes, il n’y a pas de nourriture ni d’argent.

La plupart des familles du village ont épuisé depuis longtemps leurs stocks de denrées provenant de la récolte de 2014 et en sont venues à manger des feuilles de manioc et les fruits des cactus qui poussent dans la région. Certaines personnes ne mangent qu’une fois par jour, et d’autres pas du tout. Les femmes seules, n’ayant aucune famille pour les soutenir, elles ou leurs terres, sont souvent celles qui souffrent le plus. C’est le cas de Julienne, 35 ans, qui s’est récemment effondrée de faim après trois journées sans rien avaler.

Julienne est normalement capable de joindre les deux bouts et de veiller aux besoins de Telodoza, sa petite fille de 3 ans, grâce à son travail occasionnel sur les terres avoisinantes. Mais les récoltes s’étant asséchées, le travail s’est raréfié. Comme son mari a pris la route vers le nord du pays afin de trouver du travail et qu’elle n’a aucune famille au village pour l’aider, Julienne en arrache.

« J’ai travaillé seulement une journée le mois dernier, et ce mois-ci (avril), je n’ai pas travaillé du tout, dit-elle. Nous ne mangeons que des feuilles de manioc – quand nous en trouvons. Sinon, rien. Hier, quelqu’un m’a donné un bol de riz. Aujourd’hui, encore rien. »

Les membres de la communauté se sont unis autour de Julienne et d’un homme du village, parce qu’ils se sont tous deux écroulés à quelques jours l’un de l’autre. Ils leur ont acheté un peu de café, du sucre et du riz. Mais les voisins eux-mêmes ont moins que rien à donner.

Le temps et l’eau deviennent pressants

Le manque de pluie entraîne un manque de nourriture. Mais il n’y a pas que ça. L’eau potable est aussi difficile à trouver. Pour remplir leurs seaux avec de l’eau de rivière, les villageois doivent marcher quotidiennement les 18 kilomètres qui les séparent d’Amboasary, la ville la plus près, ce qui représente un aller-retour de quatre heures pour les jeunes et les moins jeunes. Pour de nombreux villageois plus âgés, le trajet est trop épuisant. Ils doivent donc payer des gens qui leur apporteront la précieuse eau.

Contrairement à certaines communautés de la région, les résidents d’Andranogoa ne reçoivent aucune aide d’organisations humanitaires, et ça paraît. Les autres villages du district ont reçu des systèmes et pompes d’irrigation d’eau ainsi que des graines hybrides et de la formation de CARE pour améliorer leurs techniques d’agriculture. Ils peuvent ainsi bien gérer les impacts climatiques d’El Niño, ce qui leur permet de semer, de récolter et d’épargner de l’argent pour l’avenir. Ce n’est là qu’un exemple illustrant comment les petites initiatives – comme le creusement d’un puits ou la mise sur pied d’un groupe communautaire d’épargne – peuvent faire toute la différence en situation de changements climatiques et de désastres naturels.

Mara Tare, le chef du village d’Andranogoa, a essayé d’adopter des pratiques qu’il a vues dans les communautés qui travaillent avec CARE, telles que les associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC). Mais à ce point-ci, sans production de récolte à vendre, les communautés ont très peu à épargner et à emprunter, et il leur reste seulement à espérer que l’aide d’urgence sera prolongée pour les prochains mois.

« En tant que chef, dit Mara, j’essaie toujours de trouver des manières d’améliorer la communauté et de développer la région. Mais jusqu’à présent, je n’ai pas obtenu de bons résultats et j’ai demandé aux organisations de nous porter assistance. »

Vous pouvez aider des femmes comme Julienne et ses voisines à survivre à ces conditions pénibles.

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