Réfugiés syriens : on ne veut pas être réinstallés, mais aller à la maison

Par Mary Kate MacIsaac, coordonnatrice aux Communications, Intervention régionale de CARE en Syrie

Il y a deux ans, Nuzha et Ali Alhamud ont fui la Syrie avec seulement sept de leurs huit enfants. Leur aînée, âgée de 19 ans, a décidé de demeurer en Syrie auprès de son mari au moment où sa famille a jugé qu’il était préférable de partir.

« Plusieurs de nos proches sont encore en Syrie, dit Nuzha. On ne peut leur parler au téléphone que rarement, car les communications sont mauvaises dans la ville de Homs, et ils n’ont pas accès à Internet. »

Avec peu d’émotions, comme si elle vivait engourdie, Nuzha parle du petit garçon que sa fille a mis au monde il y a quelques mois, à Homs. Il est décédé peu de temps après sa naissance. Les attaques de plus en plus nombreuses portées contre les cliniques et les hôpitaux de soins primaires ont placé les Syriens dans une situation intenable, surtout pour les femmes enceintes voulant des consultations ou de l’assistance pour accoucher.

« C’était très difficile pour elle de se rendre à l’hôpital. Elle l’a quand même fait », souligne Nuzha, qui n’a pu communiquer avec sa fille, mais qui a eu des nouvelles par le bouche à oreille.

Voilà ce que vivent des milliers de réfugiés touchés par la guerre qui sont séparés de leurs frères et sœurs, de leurs parents, de leurs proches ayant dû fuir vers d’autres pays ou encore ayant dû rester en Syrie, mais contraints de se déplacer de ville en ville pour trouver un peu de sécurité et échapper aux factions ennemies.

Après leur premier départ de Homs, où leur maison avait été réduite à néant, Ali et Nuzha ont conduit leurs sept enfants à un village voisin où ils pensaient pouvoir échapper aux fréquentes frappes aériennes.

« Mais les bombardements étaient trop près de nous et s’intensifiaient. Nous passions la plupart du temps dans un abri », explique calmement Nuzha avec ses enfants assis près d’elle, certains écoutant attentivement la conversation, d’autres jouant avec un toutou.

« À partir de ce moment, nous avons fui les mains vides, voyageant à bord de différentes voitures d’un lieu à un autre. Les routes étaient vraiment dangereuses – deux personnes que nous connaissions ont même été tuées juste devant nous. Plusieurs ont jugé que les routes comportaient trop de dangers, alors ils ont décidé de demeurer à Homs. »

En Jordanie, Ali ne peut travailler, car sa santé est trop fragile. De toute façon, les permis de travail en Jordanie sont difficiles à obtenir. CARE a fourni à la famille 242 $ CA (130 JOD) en aide financière d’urgence pour l’aider à couvrir les dépenses reliées à la nourriture, les médicaments et le loyer.

« Être un réfugié, c’est réellement très difficile. C’est très, très dur, confie Nuzha, les yeux fixés au sol dans la minuscule cour du tout petit espace qu’elle loue. Même si j’avais tout ici, je préférerais vivre dans une tente chez nous, en Syrie. Je me sens comme une étrangère dans ce pays. On ne veut pas être réinstallés, mais aller à la maison. »

« Nos enfants ont perdu quatre ans d’école à cause de la guerre », ajoute-t-elle en regardant sa fille Iman.

« Je suis en 4e année maintenant, mais je devrais être en 7e », explique la jeune fille de 13 ans, précisant que l’arabe est sa matière préférée et qu’elle rêve de devenir médecin.

« Elle veut aider les gens, c’est une fille généreuse », dit Nuzha en souriant.

Même si les circonstances la désolent et qu’elle souhaite plus que tout retourner en Syrie, Nuzha est consciente qu’il n’y a rien de possible pour l’instant. Elle mentionne que la situation est trop dangereuse, mais un jour peut-être…

« Je ne sais pas pourquoi, mais quand nous avons fui la maison, mon mari a pris son vieux passeport. Il date d’il y a plus de 20 ans. Il est expiré. À quoi sert-il maintenant? Mais il l’a emporté. »

Vous pouvez aider des réfugiés comme Nuzha et sa famille.

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