Dans les yeux d’un enfant : les conflits au Soudan du Sud

Chianyal n’a que 5 ans – ce qui coïncide avec le 5e anniversaire de l’indépendance du Soudan du Sud. Tout comme son pays, Chianyal a vu sa jeune vie assombrie par les conflits, la pauvreté et l’incertitude.

Depuis novembre 2015, elle grandit dans un campement informel protégé par les Nations Unies qu’on appelle un PoC, soit un camp pour la protection des civils. Sa famille a été forcée de se réfugier au PoC lorsque les violences ont atteint son village et que la nourriture s’est raréfiée. Elle doit y passer quelques mois avant de songer à un retour à la maison. Trois personnes âgées sont mortes dans les combats et plusieurs autres gens ont été blessés.

C’est présentement la saison des pluies au Soudan du Sud, et lorsqu’il pleut, il devient très difficile de vivre au PoC, où la boue et l’eau rendent les routes impraticables.

« Je n’aime pas le PoC, souligne Chianyal. J’aime Koch [son village au Soudan du Sud]. Il n’y a pas de lait ici et je veux retourner chez moi. »

Chianyal vit au PoC avec sa mère, son père, sa jeune sœur et ses grands-parents. Sa mère Angéline avait trois autres enfants, mais ils sont tous décédés après être tombés malades à différents âges. Aujourd’hui, les seuls enfants survivants sont Chianyal et la jeune Nyanen. Les six membres de la famille dorment dans une seule et même pièce.

La petite de 5 ans donne un coup de main à sa mère pour les tâches ménagères, notamment pour lisser et recouvrir le sol en terre. La famille a tout perdu quand sa maison a passé au feu, incluant les lits et les matelas, ce qui l’oblige à dormir sur de mauvaises paillasses à même le sol en terre battue.

« Nous n’avons pas d’éclairage la nuit, et la nourriture se rend mal jusqu’à nous. Nous dormons sur le sol en terre, sans même de matelas ou quoi que ce soit d’autre », déplore Angéline, la mère de Chianyal.

L’une des principales responsabilités de Chianyal est de veiller sur sa sœur, Nyanen. Elle ne peut aller à l’école, car sa mère compte sur elle pour garder la petite. Nyanen profite actuellement d’un programme alimentaire de CARE parce qu’elle souffre de malnutrition sévère. La malnutrition est un problème critique au PoC, où le nombre d’enfants mal nourris atteint plus du double des seuils d’urgence.

Chianyal et sa famille ont dû marcher quatre jours pour se rendre au PoC. Chianyal a parcouru tout le trajet, et sa mère Angéline rapporte qu’elle a beaucoup pleuré. Après la dernière flambée d’affrontements qui a secoué leur village, la maison où la petite vivait avec les siens a brûlé. C’est après cela que la famille a décidé de s’en aller une fois pour toutes. Angéline raconte qu’elle a entendu des gens parler d’un accord de paix qui aurait été signé entre les factions rivales, mais elle est toujours angoissée de ne voir aucune des parties opposées s’intégrer ou vivre ensemble. Elle craint donc à tout moment que les conflits ne se tranforment en un retour à la guerre.

Malgré la souffrance, la famille – comme des millions de personnes du Soudan du Sud – a passé au travers. Angéline dit que tous ont été heureux d’assister à l’indépendance du pays, il y a cinq ans, même si les deux dernières années ont été empreintes d’hostilités.

« Nous sommes libres. Aujourd’hui, même si nous sommes en conflit, au moins nous agissons par nous-mêmes », exprime Angéline.

Chianyal a été malade en mai. Après avoir été conduite au dispensaire du PoC, elle a reçu un diagnostic de malaria. Sa mère dit qu’elle souffre toujours de fièvre la nuit.

Peut-être Chianyal pourra-t-elle un jour retourner dans sa maison lorsque le Soudan du Sud aura retrouvé son calme. Mais pour l’instant, tout ce que sa famille et elle peuvent faire, c’est attendre en regardant l’avenir incertain qui leur est réservé.


Quand les violences ont éclaté au Soudan du Sud en décembre 2013, plus d’un million de personnes ont été forcées de fuir leur foyer et des milliers d’autres ont été tuées. Une personne sur trois au Soudan du Sud fait face à une insécurité alimentaire sévère. Les taux de malnutrition, particulièrement chez les enfants, ont atteint des seuils critiques. Apprenez-en plus.

Des femmes, des hommes et des enfants comme Chianyal comptent sur VOUS.

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