Fuir la Syrie : L’histoire de Batoul en Serbie

Par Hala Youssef

En février 2016, Batoul a mis quelques affaires dans un sac, pris son bébé de quatre mois et est partie toute seule vers l’inconnu. Elle a parcouru des milliers de kilomètres parsemés de nombreux obstacles avant d’atteindre la Serbie en fin d’année dernière.

Batoul a 18 ans. Avant son départ, elle était à peine sortie de sa maison, encore mois de sa petite ville de Syrie. Elle est sur la route depuis quatre mois et ne sait pas dans combien de temps elle retrouvera son mari qui ne connaît pas encore son premier enfant.

C’est en Allemagne qu’elle veut aller, là où se sont rendus son mari et son frère de neuf ans en août dernier. Batoul était enceinte de sept mois et le couple n’avait pas assez d’argent pour voyager ensemble, alors il lui a fallu attendre.

Après six tentatives, Batoul a fini par arriver à passer la frontière turque.

« Il faisait tellement noir et il pleuvait si fort, se souvient Batoul. La rivière est devenue profonde et vaseuse et, très vite, mon bébé et moi avons manqué nous noyer dans la vase. »

Batoul a crié à l’aide pendant plusieurs minutes sans qu’aucun des autres réfugiés, pressés, ne l’entende. Elle a cru mourir mais une main l’a attrapée et extraite de la vase.

« C’est un jeune Syrien qui m’a entendue. Je lui dois ma vie et celle de mon bébé. »

Batoul s’est reposée pendant une journée en Turquie avant de payer pour aller jusqu’en Grèce. Elle a passé trois mois dans un camp de réfugiés, se nourrissant exclusivement de soupe de lentilles. Une nuit, un incendie s’est déclenché dans le camp et elle et son bébé sont parvenus à s’échapper par un trou dans la clôture, avec 200 autres réfugiés syriens. Son bébé avait 40 degrés de fièvre.

Elle a marché pendant six jours dans la forêt, avec d’autres réfugiés, pour tenter d’atteindre la Macédonie. Au bout de trois jours, ils n’avaient plus rien à manger.

« Je regardais la femme à côté de moi et lui demandais si elle avait faim, se souvient Batoul, et elle prétendait que non. Quand elle me demandait si moi, oui, je lui disais que je ne pensais même pas à manger. »

À la frontière hongroise, fermée il y a trois mois, Batoul rejoindra plus de 300 réfugiés bloqués. Les autorités hongroises ne laissent entrer que 15 personnes par jour et Batoul espère être parmi les quelques chanceux.

« La première chose que je veux faire en arrivant en Allemagne, dit Batoul avec détermination, c’est apprendre l’anglais et l’allemand. Je mettrai mon fils à la garderie et je trouverai du travail pour pouvoir aider mon mari à construire une belle vie pour notre famille. »

Quand je lui demande si son mari conservateur, qui ne l’a pas laissée finir ses études secondaires en Syrie lorsqu’ils se sont mariés, l’aidera dans son projet, elle répond fermement :

“Il le fera. Les femmes sont fortes et ont un rôle à jouer. »


CARE et ses partenaires en Croatie et en Serbie aident les réfugiés et les migrants sur la route des Balkans depuis l’été 2015. Ils fournissent des colis de vivres, des vêtements chauds, des chaussures et des nécessaires de toilette. À ce jour, CARE a aidé près de 125 000 personnes.

Aidez à soutenir des femmes fortes et déterminées comme Batoul pour qu’elles puissent arriver en lieu sûr et reconstruire leur vie.

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