Sécurité recherchée au Niger : l’histoire de Halima

Halima pousse mon genou pour s’assurer que je lui porte attention.

« Nous, les gens de Bosso, sommes des combattants. Nous excellons dans ça. Nous n’abandonnons jamais. Nous avons été attaqués plusieurs fois et n’avons jamais fui. Mais le 3 juin, ç’a été différent. Et voici où nous en sommes. »

Cette femme de 41 ans, mère de six enfants, s’agite dans toutes les directions. Après avoir reçu d’elle une chaude accolade, mon collègue s’exclame : « Je connais Halima, de Bosso. Tout le monde la connaît et la respecte. Elle est l’une des femmes leaders du village. »

Dans son patelin, à l’extrémité sud-est du Niger, Halima a dirigé plusieurs groupes d’épargne pour femmes tout en vendant de la glace à travers ses activités. Son mari Ibrahim, lui, était un agriculteur spécialisé dans la culture du paprika.

« Elle est toujours très occupée, elle ne s’assoit jamais », dit mon collègue en riant.

Même si Halima a traversé plusieurs épreuves et tragiquement perdu beaucoup, elle reste active.

Au moment de notre visite, elle se préparait à sa période de bénévolat dans l’une des tentes pour soins médicaux du vaste village où se trouvent des personnes déplacées. Halima aide les infirmières à identifier les enfants souffrant de malnutrition. Une grande quantité de huttes sont apparues depuis les attaques du 3 juin. Halima me raconte ce qui s’est passé à Bosso, sa ville natale située à quelques centaines de mètres à peine du Nigeria, laquelle est devenue une ville fantôme après avoir été attaquée par des centaines de jihadistes il y a un mois, forçant 40 000 personnes à fuir dans la brousse.

« Ils ont tué deux personnes juste en face de nous. Nous avons couru jusqu’à nos foyers et verrouillé les portes. Ils ont brûlé les maisons et massacré tous ceux qui se trouvaient sur leur chemin. Plusieurs réfugiés du Nigeria étaient venus chercher un peu de sécurité dans notre village et étaient hébergés dans nos foyers. Quand l’attaque a éclaté, les gens de Bosso se sont enfermés chez eux. Les réfugiés, eux, ont fui. Certains d’entre eux ont été tués, d’autres se sont cachés dans la brousse. »

Halima lisse son foulard orangé et pailleté dans les teintes d’ocre. Il encadre son visage et s’agence avec ses spectaculaires boucles d’oreilles dorées.

« Nous avons juste barricadé la maison du mieux que nous le pouvions et nous avons fait les statues un long moment. Les enfants tremblaient et pleuraient. »

Elle s’immobilise et fait une pause, une main posée sur sa hanche, l’autre sur sa poitrine comme pour retrouver sa respiration. Elle estime qu’environ 100 personnes sont décédées seulement durant le voyage vers le lieu où ils restent tous maintenant.

La tension est palpable dans le village. Il y a quelques semaines à peine, des gens de Bosso étaient prêts à récolter le labeur de leurs cultures. Aujourd’hui, ils ont dû déraciner leur famille et fuir leur foyer sans pouvoir sauver les récoltes qui, maintenant, ont de toute façon été brûlées ou pillées. Les conflits les ont conduits à l’endroit où nous nous trouvons, où l’eau et la nourriture sont déjà des ressources rares.

« Ce n’est pas une vie, déplore Halima. Nous avons tous peur d’être attaqués. Les enfants se réveillent la nuit en criant. Je veux qu’ils aient un avenir, qu’ils aillent à l’école et qu’ils reçoivent de l’éducation pour devenir des gens bien. Mais aujourd’hui, tout ce que je souhaite, c’est un peu de nourriture pour cuisiner et ma propre paillasse pour m’y reposer. »

CARE et d’autres agences humanitaires tentent de suivre le rythme des besoins croissants des personnes déplacées en raison des conflits dans la région de Lac Tchad. Ma collègue Abba me rapporte tout ce que nous faisons pour fournir de la nourriture et de l’eau, des espaces d’accueil pour les enfants et du transport. Nous construisons aussi des latrines séparées pour les hommes et les femmes, ce qui permet à ces dernières d’avoir plus d’intimité et de se sentir mieux protégées. C’est une initiative simple, mais plus qu’appréciée pour les gens là-bas. Par-dessus tout, ce qui est le plus vital pour eux, c’est de se sentir en sécurité.

Les Nations unies ont indiqué que 1 personne sur 2 dans la grande région de Diffa a été obligée de quitter son foyer à cause des conflits. Le gouvernement du Niger et les ONG ont besoin de fonds soutenus et substantiels afin de répondre à croissance rapide de la crise. Un engagement concret doit être pris pour que Halima et des milliers de gens comme elle ayant maintenant le statut de réfugiés dans leur propre pays reçoivent de l’aide d’urgence en plus des outils nécessaires pour leur permettre de se rebâtir un avenir.

* Les noms ont été changés pour des raisons de sécurité.


Pour 50 $, vous pouvez fournir des vivres d’urgence qui aideront des gens comme Halima à survivre durant la crise.

Donnez des rations alimentaires d’urgence 50 $