Soudan du Sud : ils n’abandonnent pas

Par Fred McCray, directeur de pays pour CARE – Soudan du Sud

Au cours de mes 16 ans comme travailleur humanitaire, je n’ai jamais vu une violence aussi terrible que celle qui s’est abattue le mois dernier sur Juba, au Soudan du Sud. Un jeudi, en soirée, des coups de feu venant de petites armes ont commencé à se faire entendre et j’ai pensé qu’ils s’interrompraient rapidement. Je ne savais pas à quel point ils dégénéreraient et seraient le début d’une bataille sanglante de cinq jours au cœur de la capitale sud-soudanaise. Cette bataille s’est conclue par des centaines de morts, des milliers de nouvelles personnes déplacées et un état de panique généralisée à la grandeur de la ville.

Nous, les travailleurs humanitaires, nous sommes préparés à des moments comme ceux-là, surtout dans des pays comme le Soudan du Sud, où la seule chose prévisible est l’imprévisibilité quotidienne. Tout notre personnel possède des rations de nourriture, d’eau et de carburant pour faire face à ce type de flambée de violence pouvant garder des gens captifs de leur maison pour de très longues périodes.

Après les échanges de coups de feu de ce jeudi, la ville de Juba était tendue à l’extrême. L’air était à couper au couteau. Le vendredi, par précaution, j’ai fermé le bureau tôt afin de permettre aux membres de mon équipe de rassembler toutes les fournitures qu’ils pouvaient et de se réfugier chez eux, à l’abri. C’était la chose à faire puisque les combats ont repris le vendredi et se sont vite intensifiés. À l’extérieur du bureau, je pouvais entendre les coups de feu, les tirs d’artillerie des chars d’assaut et les hélicoptères de combat. Je n’étais pas tant apeuré pour moi que pour les membres de mon équipe. Et ce n’est pas seulement leur sécurité physique qui m’inquiétait, mais aussi leur sécurité émotionnelle face à l’escalade de la violence. Nous avons utilisé toutes les technologies à notre disposition pour garder le contact entre nous, partager régulièrement de l’information, évaluer le niveau de sécurité de chacun et nous soutenir psychologiquement.

Le samedi, il y a eu une accalmie qui nous a fait croire que les affrontements étaient terminés. Mais c’était de faux espoirs. Le dimanche matin, la ville de Juba a explosé dans une guerre sans merci. Ce n’est pas tant les violences militaires qui m’ont alors inquiété que les pillages armés et le chaos qui allaient assurément suivre.

C’est à ce moment précis que, comme directeur de pays pour CARE, j’ai dû prendre la décision la plus pénible : faire évacuer tout le personnel de notre organisation du Soudan du Sud. Plusieurs autres joueurs humanitaires ont fait de même. Comme dirigeant de plus de 200 employés à l’échelle nationale, cela a été difficile de voir les gens au milieu des violences et du chaos total et de dire : « Je pars. » Mais j’ai considéré que les risques étaient tout simplement trop élevés pour le personnel international.

Toute mon équipe a appuyé cette décision. Heureusement, je n’ai quitté que cinq jours, travaillant à distance de Nairobi. Durant cette période, mon personnel dévoué s’est assuré que le bureau de CARE était sûr et sans danger, que l’information se rendait là où il le fallait et que, le plus important, notre travail vital se poursuivait.

Aujourd’hui, à l’heure où nous nous concentrons à assurer la portée la plus grande à nos interventions d’urgence, nous sommes confrontés à de multiples défis. Un dicton au Soudan du Sud dit que « les choses faciles ne sont pas facilement réalisables ». Cela ne pourrait être plus vrai. En plus des violences répétées et imprévisibles qui sont notre lot de tous les jours, notre plus grand enjeu est le manque d’infrastructures. Il n’y a pas de réseau électrique, la saison des pluies rend les routes impraticables et les fournitures sont limitées. C’est autant d’éléments qui rendent ardus nos efforts pour rejoindre les gens les plus désespérément dans le besoin.

Mais nous devons continuer d’avancer. Et nous le ferons. Pour travailler dans un pays comme le Soudan du Sud, il faut être passionné et déterminé à résoudre les problèmes. C’est précisément ce que sont les employés de CARE au Soudan du Sud. L’engagement de l’équipe à l’égard des communautés que nous servons me motive à m’accrocher quand des journées plus éprouvantes surviennent. Lorsque les violences ont éclaté à Juba, le personnel de la région d’Unité a continué de fournir des soins aux bébés souffrant de malnutrition. Même s’il y a des combats en Équatoria-Oriental, les membres de l’équipe veulent se remettre au travail. Ils connaissent les gens des communautés, savent l’ampleur de leurs besoins et veulent leur montrer qu’ils sont là pour eux en faisant tout leur possible. Ils m’inspirent jour après jour.

Le Soudan du Sud vit des moments de grande incertitude. Malgré cette situation et tout ce qui doit être enduré, les gens n’abandonnent pas. Ils sont des survivants qui alimentent l’ultime espoir que la paix reviendra demain. La meilleure façon d’honorer leur résilience et de maintenir leur espoir vivant à travers le chaos, c’est de leur fournir les outils et les services dont ils ont besoin – malgré les embûches et même si « les choses faciles ne sont pas facilement réalisables ».


Les violences qui ont éclaté en décembre 2013 ont forcé plus d’un million de personnes à fuir leur foyer et ont entraîné des milliers de morts. Au Soudan du Sud, 1 personne sur 3 est confrontée à une insécurité alimentaire sévère et les taux de malnutrition, particulièrement chez les enfants, ont atteint des niveaux critiques.

Jusqu’à présent, CARE est venue en aide à plus de 300 000 personnes en leur offrant du soutien vital dans quatre des États sud-soudanais les plus fortement affectés : Jonglei, Nil Supérieur, Unité et Équatoria-Oriental. Le soutien de CARE comprend des structures de santé, de l’eau et des mesures d’hygiène, la protection des femmes et des filles ainsi que de l’aide pour les réfugiés. Pour en savoir plus.

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