Travailleurs humanitaires au Soudan du Sud : « Qui nous traitera après votre départ? »


Par Loice Mukabane, Gestionnaire, Santé et Nutrition, CARE Soudan du Sud

« Nous prions Dieu pour la paix. Nous ne voulons pas que les travailleurs humanitaires qui sont venus nous aider fuient à cause de la guerre, dit Angelina, récemment venue dans un de nos centres de santé CARE au Soudan du Sud pour une visite prénatale. S’ils partent, ça veut dire que la situation est vraiment grave. Quand ils sont avec nous, c’est une forme de sécurité. Qui nous traitera après leur départ? »

C’est une question à laquelle je ne peux répondre. Quand des combats éclatent, comme la semaine dernière, ici au Soudan du Sud, mes collègues et moi avons tous peur que soient endommagés ou détruits les centres de santé que des ONG comme CARE se sont donné tant de mal à équiper. Les travailleurs de la santé pourraient alors être forcés de rentrer chez eux et de laisser des communautés déjà vulnérables sans services de santé et autres.

Le Soudan du Sud, le plus récent pays du monde, a obtenu son indépendance en 2011. Deux ans plus tard, le pays sombrait déjà dans la guerre civile. Les défis auxquels le jeune pays était déjà confronté – comme le manque de soins de santé de base, les épidémies de maladie et les taux élevés de malnutrition chronique – furent aggravés par le conflit.

Des travailleurs de la santé qualifiés ont fui le pays et l’infrastructure et les fournitures de santé ont en partie été détruites.

En plus du conflit, de nombreux fermiers ont eu de mauvaises récoltes à cause du manque de pluie l’an dernier. Les témoins sont au rouge : des milliers de gens n’ont rien à manger. Le Soudan du Sud est au bord de l’effondrement et de la famine.

Les femmes enceintes comme Angelina sont particulièrement à risque quand vient le temps d’accoucher. Nous voyons parfois des accouchements très difficiles dans les centres de santé et devons envoyer ces mères pour une césarienne dans un établissement de santé qui se trouve à trois heures de là, par une route cahoteuse. À chaque fois que des violences éclatent, comme la semaine dernière, les patients ont peur d’aller dans un autre hôpital loin de leur famille et de leur communauté.

Et pourtant, les travailleurs humanitaires continuent de travailler.

L’avenir est sombre pour le Soudan du Sud. Beaucoup de vies seront perdues, à cause des combats mais aussi à cause de la maladie et de la faim. Les travailleurs de la santé finiront par repartir chez eux, leur départ étant précipité par les combats. Même ceux du Soudan du Sud vivent dans les pays voisins, au Kenya ou en Ouganda, où leur famille est plus en sécurité. Les récoltes mourront sur pied car il n’y aura personne pour les moissonner et davantage de gens se retrouveront affamés ou sans revenu. Les rares écoles qui ont ré-ouvert seront à nouveau vides.

La seule issue pour le Soudan du Sud est la fin de la guerre civile, pour que des mères comme Angelina ne soient pas abandonnées sans services de santé essentiels et sans les premières nécessités.

* Veuillez noter que les images datent de 2014 et illustrent le travail de CARE au Soudan du Sud. Elles n’ont pas été prises pendant la crise actuelle.


CARE travaille au Soudan du Sud pour apporter un soutien aux femmes, enfants et hommes les plus vulnérables. Votre don, même petit, peut aider – et aidera.

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