L’ouragan Matthew en Haïti : d’autres gens mourront si on n’agit pas

Par Jean-Michel Vigreux, directeur de CARE en Haïti

Au fur et à mesure que les répercussions de l’ouragan Matthew ont été mesurables, les dommages ont immédiatement commencé à être comparés à ceux du tremblement de terre de 2010. Il y a six ans, je n’aurais jamais pu imaginer que la puissance d’un ouragan pouvait causer des dégâts d’une telle envergure. Mais quand je me suis rendu à Jérémie, la capitale du département méridional de Grand’Anse et la région la plus gravement touchée par la tempête, j’ai vu de près le degré de destruction épouvantable que le récent ouragan a laissé en touchant terre.

Le trajet de neuf heures de Port-au-Prince à Jérémie a été des plus périlleux. Plus notre voiture avançait, pires étaient les signes de destruction. Des arbres feuillus et des pelouses luxuriantes n’offraient plus que la vision de terrains désertiques de débris et de décombres. Nous avons fait un premier arrêt au centre d’évacuation situé à Les Cayes, où CARE distribuait des repas chauds et de l’eau potable. J’ai posé cette question à un groupe de femmes : « Quand retournerez-vous chez vous? » L’une d’elles a haussé les épaules et a dit : « On n’a plus de maison où retourner. »

Aucune image de désolation ne pouvait être plus affreuse. Pensions-nous… Quand nous avons atteint la ville de Jérémie, nous avons eu droit à une scène apocalyptique. Toutes les maisons étaient endommagées ou détruites. Un des hommes à qui j’ai parlé m’a confié que les gens qui possèdent encore une maison à peu près debout accueillent ceux qui n’ont plus de toit.

Presque tout le monde a tout perdu : maisons, récoltes et bétail. Plusieurs ont aussi perdu des proches. Les gens n’ont rien à manger. Comme les sources d’eau sont contaminées, il n’y a pas d’eau potable. Ça signifie que les cas de choléra grimpent à un rythme alarmant. Puisque tout est détruit et à sec, les possibilités économiques sont quasiment nulles pour les gens, si ce n’est de vendre le bois des arbres effondrés.

Plus d’un million de personnes sont en besoin d’assistance immédiate. En voyant le désespoir parmi les gens, j’ai senti toute l’urgence d’agir sans perdre de temps. Les besoins sont pressants et le retour à un semblant de normalité sera long et ardu.

Ce qu’il y a de différent entre l’ouragan Matthew et le séisme de 2010? C’est le nombre de ressources qui sont consacrées au pays. Après le tremblement de terre de 2010, des milliards de dollars ont afflué vers Haïti. Après l’ouragan Matthew de 2016, l’aide s’est chiffrée en millions seulement.

Je comprends que plusieurs personnes hésitent à donner à Haïti après certains événements qui ont eu mauvaise presse à la suite du séisme. Mais le Haïti d’aujourd’hui n’est plus comme le Haïti de 2010. D’abord, le gouvernement actuel de transition s’affaire à créer des structures démocratiques plus solides et qui rendent plus de comptes aux gens. Ce gouvernement s’est employé à préparer les élections présidentielles et parlementaires du 9 octobre exclusivement avec les fonds du Trésor national, sans aucun soutien international. Ensuite, alors que le gouvernement était presque complètement absent en 2010 sur le plan des mesures pour coordonner les livraisons d’aide, il s’est montré proactif cette fois-ci et a assumé la responsabilité de préparer et de coordonner les efforts avec la communauté humanitaire. Par ailleurs, ce ne sont pas toutes les organisations humanitaires qui ont injecté des fonds à la suite du tremblement de terre. CARE, pour sa part, a publiquement fait rapport des façons dont elle a utilisé avec succès les 113 millions $ amassés pour aider les Haïtiens à entamer leur processus de rétablissement et de reconstruction sur un horizon de cinq ans.

Il suffit de regarder le nombre de désastres qui s’enchaînent en Haïti au fil des ans pour reconnaître l’incroyable résilience des gens qui y vivent. Après l’ouragan Sandy, les Associations villageoises d’épargne et de crédit de CARE situées dans les régions touchées ont distribué plus de 43 000 $ de leurs économies afin de rebâtir les communautés. Elles ont ensuite commencé à épargner à nouveau pour pouvoir faire face à la prochaine crise.

Haïti demeure le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental. Il est immensément vulnérable aux désastres naturels. Même des pays riches comme les États-Unis prennent des années à se reconstruire lorsqu’ils sont frappés par des catastrophes d’une magnitude comparable à celle de l’ouragan Matthew.

J’ai pour espoir que les gens puiseront dans leur compassion pour faire taire leur scepticisme. Si les ressources ne commencent pas à être déployées rapidement, d’autres décès seront à déplorer. Le temps est crucial. Nous devons agir dès maintenant. C’est vraiment une question de vie ou de mort.


Apprenez-en plus sur les interventions de CARE au lendemain de l’ouragan Matthew.

Vous pouvez aider à sauver des vies en Haïti en fournissant des vivres d’urgence, de l’eau, des trousses d’hygiène et des abris.

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