Soudan du Sud : une vie qui se résume à 14 bols rouillés

Quatorze bols rouillés en métal empilés en pyramide, c’est le seul souvenir qui rappelle la vie d’antan de Régina, 11 ans. Tous les autres biens soigneusement gardés et transportés en 2011 sur quelque 2 000 km jusqu’à Khartoum au Soudan – pour marquer la nouvelle vie de la famille dans ce pays plein d’espoir – ont tous été détruits.

Régina habite à Torit, dans la capitale de l’État de l’Équatoria-Oriental au Soudan du Sud. C’est une région reconnue pour ses paysages sauvages, ses champs verdoyants ainsi que son abondance de légumes et de récoltes. Décrite comme la « ceinture verte » et la « corbeille de nourriture » du pays, Torit a été plutôt épargnée, ces trois dernières années, par les conflits qui ont ravagé le reste du Soudan du Sud. Jusqu’à présent.

Le 11 juillet, en matinée, Régina a vu sa vie changer à jamais. Quand sa famille et ses voisins ont entendu des coups de feu, ils se sont tous précipités dans la zone sécurisée des Nations unies la plus proche. Ils y ont passé six jours, vivant dehors et se nourrissant seulement de porridge. Lorsqu’ils ont finalement pu retourner chez eux, ils ont constaté que leur maison et celles de leurs voisins avaient été la proie des flammes durant les combats entre les groupes armés.

Les flammes n’avaient pas que rasé les maisons. Elles avaient aussi détruit leurs sources de revenus et leurs moyens de subsistance. Comme plusieurs familles de Torit, la mère de Régina n’a pu se rendre à son champ près de la ville à partir de juillet. L’insécurité continuelle aux abords de la ville et les attaques des populations civiles ont fait en sorte d’effrayer les gens et de les empêcher de partir.

Après la mort du père de Régina en 2009, la mère a subvenu aux besoins de sa famille en vendant certains de ses biens et en cultivant un champ à proximité. Maintenant, avec tout ce qui se passe et sans rien ni personne pour l’aider, la mère n’a eu d’autre choix que de partir avec sa fille aînée pour trouver du travail et de la nourriture dans d’autres villages. Elles se sont absentées durant trois jours, laissant Régina seule pour prendre soin de ses deux jeunes frères. Les enfants dorment sur le sol d’un petit bâtiment utilisé comme cuisine, et ils dépendent de la gentillesse des voisins pour manger.

Plus de 100 maisons à Torit ont été incendiées pendant les affrontements de juillet et un nombre incalculable de foyers ont été pillés. Les populations civiles sont attaquées tous les jours dans la région. Les organisations humanitaires tentent de leur porter secours, mais plusieurs des zones tout autour demeurent inaccessibles en raison de l’insécurité et des risques.

CARE prévoit aider les familles touchées en leur fournissant des articles de cuisine, des matelas, des bidons à carburant ainsi que des moyens de subsistance pour les soutenir dans leurs efforts de rétablissement. Mais rien n’est facile… Avec l’hyperinflation qui sévit au pays et l’insécurité qui rend dangereux le transport des marchandises sur les routes, les prix ont grimpé en flèche et les biens se sont raréfiés. Pour des familles comme celle de Régina ne pouvant cultiver leurs propres récoltes, même si elles tirent de l’argent de leur travail, elles ne peuvent rien acheter car tout est trop cher sur le marché.

Les gens du Soudan du Sud sont généreux, partageant le peu de nourriture qu’ils ont avec leurs voisins. Mais comme la situation économique se détériore et que plus de 25 % de la population vit sans avoir suffisamment de quoi à manger, ça ne peut faire autrement. Il n’y a plus assez de nourriture à partager.

La mère de Régina est retournée à Torit – là où elle est née – en 2011, remplie par les espérances de la nouvelle nation du Soudan du Sud. Aujourd’hui, après seulement cinq ans, il reste bien peu d’espoir pour les familles comme celle de Régina.


Apprenez-en plus sur les interventions de CARE lors des conflits au Soudan du Sud.

Vous pouvez aider CARE à fournir du soutien vital aux familles comme celle de Régina au Soudan du Sud.

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