« Je veux que ces voix soient entendues » : une adolescente syrienne s’obstine à avoir des rêves

Par Mary Kate MacIsaac, coordonnatrice aux Communications, Intervention régionale de CARE en Syrie

Plus elle grandit, plus Ayat a des points communs avec son père, tels que des opinions affirmées et le désir de les partager. Venant tout juste de terminer sa dernière année d’études secondaires, elle espère aller à l’université, mais comme les ressources financières sont limitées, c’est plus un rêve que la réalité.

« Je veux devenir journaliste. J’écrirais sur la souffrance des gens. J’écrirais sur la pauvreté et l’injustice, quelle qu’elle soit, où qu’elle soit, incluant la violence subie par les femmes. Il y en a beaucoup de cette violence, ça va en augmentant. On en entend parler, mais la plupart des familles ne veulent pas s’en mêler. »

Ayat dit que c’est sa propre expérience qui l’incite à vouloir partager les histoires qu’elle a en tête.

« C’est parce que j’ai vu beaucoup d’injustices en Syrie que je veux que ces voix soient entendues. »

Ayat a été personnellement témoin de situations difficiles lorsqu’elle a été bénévole pour CARE avec son frère Mohammad. Ensemble, ils ont rencontré des familles syriennes et abordé avec elles divers sujets, dont la violence sexiste, le mariage précoce, la planification familiale et la santé psychosociale.

« C’est important de voir les deux côtés de la médaille, explique Ayat. Nous parlons avec les maris, nous leur demandons de faire preuve de plus de patience, d’essayer d’éviter de dépasser la limite où ils en viendront à faire mal à leur femme et à leurs enfants. »

Les changements soudains déstabilisants et les nombreux défis auxquels les familles font face – qu’il s’agisse de la mort de membres de la famille, de la perte de revenus ou de l’évolution des rôles hommes-femmes – ont une grande influence sur la hausse de la violence domestique – bien qu’il n’y ait rien de nouveau là-dedans, précise Ayat.

« Tout cela existait déjà avant la guerre, c’était dans la culture, mais jamais dans une telle mesure. À cause du stress et de l’anxiété qui ont monté d’un cran, nous voyons des femmes et des enfants endurer des traitements qui sont inacceptables. On remarque des hommes qui rentrent au bercail et qui, parce qu’ils sont tendus, éclatent parfois violemment pour un rien, par exemple quand un enfant est un peu agité. »

Ces situations sont le lot de plusieurs familles dans la communauté. La famille d’Ayat n’est pas immunisée contre le stress, le père ayant eu un AVC et le frère ne parvenant pas à se trouver du travail.

« Nous vivons en empruntant de l’argent. Certains jours, on est à deux doigts de la ruine », dit-elle.

Nagham est la plus jeune sœur d’Ayat. Cet automne, elle a entrepris sa neuvième année. Assise sagement, elle écoute la conversation. Quand on lui demande ce qu’elle pense de tout cela, elle hausse les épaules et fait un mouvement des mains.

« Que devrais-je faire? »

Comme sa sœur, Nagham refuse d’abandonner ses rêves.

« Je veux devenir avocate et peut-être déménager en France si je ne peux retourner en Syrie. »

Ayat se souvient de sa maison en Syrie.

« Je suis née et j’ai grandi dans cette maison. Et nous l’avons quittée, juste comme ça. Nous avons dû fuir vers Lattaquié. Et notre maison a été détruite. Nous sommes alors allés en Turquie. Mon plus beau souvenir de ma maison, avant qu’on la quitte, c’est quand tous les membres de notre famille se réunissaient les dimanches pour manger et passer du bon temps ensemble. J’espère pouvoir revivre ces moments un jour. »


Le programme de bénévolat de CARE, créé par le service d’aide humanitaire et de protection civile de l’Union européenne (ECHO), a formé quelque 100 bénévoles depuis son lancement, en décembre 2014, et a agi auprès de plus de 7000 Syriens en sensibilisant les familles à des activités de protection dans leurs communautés respectives dans le sud de la Turquie. Apprenez-en plus sur les interventions de CARE en réponse à la crise en Syrie