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La randonnée d’une vie : grimper pour CARE


Par Gillian Barth, présidente et chef de la direction, CARE Canada

Dans 24 heures, je bouclerai mes bagages et entreprendrai un voyage inoubliable : l’ascension du Kilimandjaro, une excursion de huit jours que je ferai en représentant notre magnifique organisation, CARE Canada.

Je rêve depuis des années de réaliser cette ascension. Mais il y a toujours eu quelque chose qui est venu contrecarrer mes plans. Travail, famille, sorties… Le Kilimandjaro m’a toujours passé entre les doigts.

Mais cette fois-ci, ça y est! Quand j’ai appris que c’était la dernière année que la Fondation Dream Mountains organisait cette fabuleuse expédition, je me suis dit que je ne laisserais pas passer ma chance. Bon, j’avoue, je sirotais un verre de vin rouge, un soir d’automne, en clavardant sur Facebook avec l’organisateur de l’activité, Shawn Dawson. Et je me suis promis de ne pas rater l’occasion de me lancer dans l’aventure au nom de CARE Canada, qui m’a tant apporté depuis 26 ans.

« Compte sur moi! », me suis-je tout à coup exclamée. Et comme mon message s’était envolé dans le cyberespace de Facebook, je ne pouvais plus rattraper mes mots. Le lendemain matin, je n’ai pu m’empêcher de penser : « Mais dans quoi je me suis embarquée là? »

Est-ce que j’allais être capable de relever le défi? Je suis passablement en forme, j’aime faire de la randonnée, j’adore marcher juste pour le plaisir de me balader. J’ai vécu dans des pays en haute altitude, j’ai un estomac de fer et je peux dormir pratiquement n’importe où. J’ai déjà escaladé des montagnes en Bolivie avec des ingénieurs pour trouver des sources d’eau qui se trouvaient toujours « juste un peu plus loin ». Oui, bien sûr, c’était il y a plus de 20 ans (c’est ce que me soulignent constamment mes amis et ma famille depuis ma folle décision). Mais mon endurance mentale n’a pas changé d’un iota – et l’important, c’est la volonté de l’esprit, non? Oui, pourquoi pas, j’allais être capable de relever le défi la tête haute.

« Les escaliers »

Notre entraînement a commencé lorsque Shawn nous a conduits au pied « des escaliers ». En les apercevant, j’ai vite compris que c’est là que nous allions suer. Non, pas dans un gymnase confortable et climatisé avec des StairMaster, les yeux rivés sur des films ou des nouvelles de mon iPad. Dans une cage d’escalier… Des marches à l’infini… Dans un hôtel au centre-ville d’Ottawa… Trente-deux étages… Bon, bon, bon. Au moins, j’avais de la musique aux oreilles et des nouvelles de XM Satellite Radio. Une partie de plaisir!

Durant les sept mois qui ont suivi, j’ai développé une relation amour-haine avec ces 32 volées d’escalier. Notre entraînement consistait à les grimper quatre fois de suite – chaque montée nous prenait 15 minutes. Deux fois par semaine. En d’autres mots, c’est comme si nous montions les marches du World Trade Center de New York qui a tragiquement été détruit. Ça, PLUS 18 autres volées d’escalier ou, si vous aimez mieux, 1 792 marches. La première montée et descente de 448 marches a été un jeu d’enfant. Le deuxième parcours s’est révélé un peu moins facile. Le troisième nous a rapprochés de l’arrêt cardiaque. Après cet entraînement, pendant deux jours, j’ai été incapable de monter et de descendre les escaliers de ma maison. Quand mes chats m’ont vue me déplacer de peine et de misère, ils m’ont curieusement dévisagée. L’ascenseur à mon bureau a aussi été pas mal utilisé cette semaine-là. Ça m’a pris trois jours avant de pouvoir marcher sans grimacer. Quelle idée m’était passée par la tête?

Miraculeusement, j’ai remonté la pente… et les escaliers. Au cours des sept mois suivants, je les ai grimpés encore et encore. Confidence : il n’y a rien de mieux que des élections américaines et des commentaires politiques qui s’étirent d’octobre à mars sur CNN et MSNBC pour activer votre système sanguin et escalader de 1700 à 4500 marches. Je n’arrivais jamais à savoir si mon visage était rouge tomate parce que j’étais dans un épisode de marches-en-folie ou parce que j’angoissais à l’idée que Trump soit élu.

À la dernière étape, j’ai grimpé et descendu 10 fois ces fichues volées d’escalier en 90 minutes. C’est comme si j’avais grimpé deux fois et demie la tour du CN, sans arrêt, sauf pour boire en vitesse une gorgée d’eau tiède. Avec le temps, j’ai réalisé qu’il valait mieux ne pas compter les marches. J’ai donc cessé d’en tenir le compte. Il ne m’a pas fallu longtemps pour me fier plutôt à mes sens. Le 10e étage dégageait une formidable odeur d’encens de patchouli, et parfois un résident du 23 étage faisait de la cuisine italienne. Pour le reste, je ne me questionnais plus. J’avançais jusqu’à temps d’apercevoir le grand « F » sur la porte menant au toit. Pas « F32 ». Juste « F ». Après 32 volées d’escalier, la lettre « F » a fini par prendre une toute nouvelle signification pour moi.

Après avoir monté quatre fois toutes ces interminables marches, puis six fois, puis huit fois, les deux ascensions finales me sont apparues inatteignables. Un jour, la magie a opéré. J’ai décidé de me pousser à bout et de les grimper, ces deux parcours de plus. Ce que j’ai ressenti, ça ne se dit pas! C’est comme si j’avais mis le pied sur le sommet du Kilimandjaro, ce qui prouve que quand on se fixe des objectifs, on PEUT les atteindre.

Se faire de nouveaux amis

En plus de l’entraînement dans les escaliers, ces mois d’ascension m’ont donné la chance de faire connaissance avec les autres grimpeurs. Shawn Dawson et Kristi Johnston, en tant que coresponsables de l’aventure, ont travaillé d’arrache-pied pour s’assurer que nous étions prêts physiquement, mentalement et socialement. Je ne peux même pas compter le nombre d’heures qu’ils ont investies dans les activités de groupe, lors des sorties bimensuelles du dimanche, dans les collines de Gatineau, et aussi pour aider les sept organismes participants à atteindre leurs buts de campagne de financement. Une page Facebook a été créée afin que même les personnes à l’extérieur d’Ottawa puissent se lier d’amitié avec les membres de l’équipe.

L’une des parties les plus agréables de cette aventure a été d’apprendre à connaître les autres membres de l’équipe. Les personnes comme moi qui travaillent beaucoup à l’étranger se sentent souvent loin des leurs. La Fondation Dream Mountains nous a permis de découvrir des gens qui, autrement, nous n’aurions jamais eu le plaisir de croiser. Même avant notre départ, Shawn s’est assuré de développer un esprit de famille pour que nous puissions mieux nous entraider durant l’ascension.

Les grimpeurs avec qui j’ai fait l’expédition sont des personnes merveilleusement différentes âgées de 17 à 65 ans et provenant de tous les horizons du Canada. Les liens que nous avons tissés dureront toute la vie, sans aucun doute.

La dernière semaine avant notre départ, on nous a conseillé de ralentir la cadence (yé!) et de passer du temps avec notre famille et nos amis. Y avait-il un message à décoder derrière ça?

Tous les événements de collectes de fonds de dernière minute ont été achevés. Imaginez, le groupe a réussi à recueillir plus de 220 000 $! Une joie de réveillon de Noël!

Ce qui m’a ravie durant mon expédition? Le manque de connexions sans fil. Une fois sortis de la portée du signal, ô pur bonheur, nous avons pu savourer le plaisir tout simple d’être entre nous, marchant côte à côte et réfléchissant aux objectifs de l’ascension elle-même. Monter, encore et encore!

Puisque je travaille pour une organisation axée sur l’autonomisation des femmes et des filles – plusieurs d’entre elles doivent parcourir d’épuisants kilomètres chaque jour pour trouver de la nourriture, de l’eau et du combustible de cuisine –, cette excursion a pris un sens particulier pour moi. Après avoir parcouru tellement d’endroits et vu tellement de choses, j’ai hâte de me remémorer tout ce périple et tous ces visages que j’ai rencontrés d’un pas à l’autre.