Entrevue : Fatouma Zara Soumana, de CARE Niger, habile dans les situations d’urgence

Lorsqu’une catastrophe survient, CARE est toujours prête à agir grâce aux membres de son équipe sur le terrain, comme Fatouma Zara Soumana de CARE Niger. À titre d’experte en égalité des sexes dans le domaine des situations d’urgence, Fatouma s’assure que les interventions de secours répondent aux besoins des femmes et des filles tout autant que des hommes et des garçons.

Comme responsable des urgences, vous voyagez près de 60 % du temps. Que faites-vous exactement?

J’apporte du soutien lors des réponses d’urgence de CARE dans différents pays où nous aidons des communautés affectées par des désastres ou des conflits. Comme experte en égalité des sexes, j’observe le travail qui se fait et je m’assure qu’il répond aux divers besoins des femmes, des filles, des hommes et des garçons. De votre point de vue, vous pouvez croire que tous ont les mêmes besoins, soit d’avoir de la nourriture, de l’eau et un abri où se réfugier. Pourtant pas. Les besoins ne se ressemblent pas toujours, et c’est à nous d’identifier les différences et d’en tenir compte dans nos réponses d’aide. C’est l’une de mes responsabilités.

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Ces différences, quelles sont-elles?

Un exemple tout simple : les femmes et les filles ont besoin d’articles spécifiques pour leur hygiène personnelle. Pour les membres d’une famille qui ont perdu leur foyer, ça peut être utile de recevoir du savon, de l’eau et des seaux. Mais les femmes et les filles ont aussi besoin de serviettes hygiéniques ou d’autres items adaptés à leur culture. Les hommes ont besoin de trousses de rasage. Quant aux enfants de moins de cinq ans et aux femmes enceintes et allaitantes, elles ont besoin d’aliments enrichis. Ça ne coûte pas trop cher de satisfaire ces besoins. Il suffit de faire une bonne planification dès la phase initiale de notre réponse.

Les discussions tournent presque toujours autour des femmes et des filles et surtout de leurs vulnérabilités. Les hommes et les garçons, eux, n’ont pas de besoins particuliers?

Bien sûr qu’ils ont leurs propres vulnérabilités. Dans le cadre de la crise au Nigéria, les hommes dans la force de l’âge risquent plus de se faire tuer, tandis que les hommes plus jeunes n’échappent souvent pas à l’enrôlement par des groupes armés. S’ils arrivent à s’en sortir, ils ont besoin d’un soutien approprié pour surmonter leurs traumatismes.

Une rapide évaluation comparative entre les sexes a été réalisée au Niger, dans la région orientale du pays. CARE soutient des communautés hôtes et des réfugiés du Nigéria qui y ont trouvé refuge. Quels sont les principaux constats?

À partir de cette analyse, nous avons pu identifier d’importants besoins humanitaires consécutifs à la hausse radicale du nombre de réfugiés et de personnes déplacées au cours des derniers mois. Tant les réfugiés que les personnes déplacées manquent de nourriture, d’articles hygiéniques, de systèmes sanitaires et d’abris. Les gens nous disent que les mesures de protection contre la violence sexiste sont insuffisantes et que les viols ainsi que la prostitution grimpent en flèche. Ils nous soulignent aussi que les jeunes hommes qui se libèrent des groupes armés ne reçoivent pas le soutien nécessaire pour se réinsérer dans la vie de tous les jours.

Y a-t-il une histoire qui vous a touchée plus précisément?

Absolument. J’ai parlé à une mère de deux enfants qui m’a confié avoir fui son village situé dans le nord du Nigéria quand celui-ci a été pris d’assaut par les groupes armés. Elle a marché toute une journée. En arrivant à une rivière, elle a été repérée par un homme armé. Il lui a dit qu’elle s’en tirerait si elle gardait le silence et se cachait dans la rivière. La femme est restée debout une nuit entière dans l’eau heureusement peu profonde, ce qui lui a permis de maintenir ses enfants au-dessus du niveau d’eau. Chaque seconde, elle a prié pour survivre. Elle vit maintenant dans un site de transition au Niger et a besoin de nourriture, d’eau et d’un abri. Tant bien que mal, ses enfants et elle tentent de survivre.

Que faites-vous quand vous ne voyagez pas?

Je rédige des rapports pour détailler mes visites. Je développe des guides de formation pour que nos équipes d’urgence sachent mieux comment intégrer la dimension de l’égalité des sexes dans leurs opérations. Je réponds aussi à des demandes, en plus de contribuer à des recherches et à des évaluations.

Avec tous vos déplacements, comment réussissez-vous à équilibrer votre travail et votre vie de famille?

J’ai cinq enfants, dont deux à l’université. Je suis chanceuse de pouvoir compter sur un mari qui ne voyage pas. Quand je suis à l’extérieur, il prétend toujours qu’il est à moitié le père et à moitié la mère. Deux personnes en une! Je m’assure de dire à mes enfants où je me rends et pourquoi je dois m’y rendre. Ils comprennent. Ce n’est pas toujours facile, mais avec leur père et d’autres membres de la famille à Niamey – la capitale du Niger, où je vis – ils ne manquent de rien.

Qu’aimez-vous le plus dans votre travail?

C’est excitant de participer de près aux interventions d’urgence de CARE. Et le fait de voir tout le soutien qu’apporte CARE aux femmes et aux hommes dans le besoin, ça me motive. Je suis impressionnée par la force et la résilience des communautés qui subissent des déplacements, des catastrophes naturelles et des conflits. J’aime découvrir de nouveaux endroits, rencontrer de nouvelles personnes et apprendre de nouvelles choses. Dans mon travail, je suis appelée à voyager dans plusieurs pays – Turquie, Soudan, Madagascar, Cameroun, Tchad, Mali et bien d’autres lieux encore –, ce qui me permet de constamment ouvrir mes horizons à de nouvelles choses.


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