Se soigner ou manger? Le choix difficile des familles du Yémen qui souffrent du choléra


Dans un corridor bondé transformé en unité d’isolement réservée aux patients atteints du choléra, les médecins circulent d’un lit à l’autre et les infirmières s’activent en tous sens, espérant qu’il n’y aura plus de cas de choléra cet après-midi-là. Les dernières semaines ont été éreintantes et la pression ne fait que s’accentuer. Parmi les écrans désuets et les perfusions de réhydratation, des yeux d’enfants, d’hommes, de femmes et de personnes âgées suivent désespérément les mouvements du personnel, attendant des soins qui pourraient les soulager des souffrances du choléra.

Bushra (photo ci-dessus) vient juste de commencer son traitement dans l’unité d’isolement réservée aux cas de choléra à l’hôpital Aljomhuri, dans la ville d’Hajja, au Yémen. Elle souffre aussi d’anémie, ce qui s’ajoute aux défis de grandir au Yémen dans un cadre de conflits persistants et d’insécurité alimentaire. Les membres de sa famille et elle ont été déplacés du district d’Alwasha en raison des affrontements et de plusieurs autres implacables difficultés. Ils ont déménagé vers la ville d’Hajja avec l’espoir d’y trouver une vie meilleure.

Ahmad Ali, 55 ans, a été conduit à l’hôpital d’Aljomhuri par son fils. Il a perdu connaissance après cinq jours à lutter contre une infection du choléra.

« Je n’avais pas les moyens de me déplacer de ma maison jusqu’à la ville et de payer les frais d’hôpital, explique M. Ali entre deux respirations. Mon fils n’a pas d’emploi, ce qui fait que je suis le seul à rapporter un peu d’argent. »

M. Ali a tenté de combattre la maladie en préparant lui-même une solution réhydratante chez lui. Il s’est dit qu’il éviterait ainsi des coûts médicaux. Mais ça n’a pas été la meilleure des idées, et l’homme a dû être amené à l’hôpital pour survivre.

Déjà écrasé par une crise humanitaire considérée comme l’une des pires au monde, le Yémen fait face aujourd’hui à une propagation rapide et critique du choléra. Le nombre de personnes qui en sont atteintes dépasse le cap affolant des 200 000 malades. L’absence de tout système de santé fonctionnel ainsi que l’accès limité à de l’eau potable et à des mesures d’hygiène menacent sérieusement les chances de contrôler la propagation de cette maladie.

Comme des millions d’autres personnes, M. Ali s’est empêché d’aller à l’hôpital quand il a constaté qu’il commençait à présenter des symptômes du choléra. Il a dû faire le choix difficile d’utiliser ses modestes revenus – à peine suffisants pour nourrir sa famille – pour acheter de la nourriture ou consulter un médecin. À force d’attendre avant d’être examiné, il a permis à l’infection de progresser vers son foie.

Hatem Hayel is one of thousands of Yemenis affected by cholera due to the ongoing conflict, poor hygiene conditions, and lack of medical care.

Il y a 18,8 millions de personnes au Yémen qui ont besoin d’une assistance humanitaire. De plus, 14,5 millions de personnes n’ont pas accès à de l’eau potable ainsi qu’à des services sanitaires, 17 millions de personnes subissent de l’insécurité et près de 2 millions ont dû quitter leur foyer. Après plus de trois ans d’intensification des conflits, plus de la moitié des installations de santé au Yémen sont fermées ou partiellement fonctionnelles. Le peu d’entre elles encore ouvertes manquent des ressources nécessaires pour continuer d’exister. La plupart des membres du personnel médical travaillent sur une base volontaire et n’ont reçu aucun salaire depuis plus de huit mois. Le gouvernement d’Hajja a enregistré l’un des plus grands nombres de cas de choléra suspectés, soit près de 20 000 depuis avril.

« Cette épidémie de choléra est le signe d’une crise complexe et à multiples facettes qui exige des solutions qui vont au-delà des traitements et de la prévention des cas d’infection », dit Wael Ibrahim, le directeur de CARE International au Yémen.

Alors que s’est entamée une course contre la montre pour combattre la maladie, l’importance de souligner les besoins de millions de gens du Yémen ne doit jamais être perdue de vue.

« Ceux qui vivent au Yémen ne devraient pas être forcés de choisir entre deux crises. Plus d’efforts doivent être consacrés à soutenir et à renforcer les structures nécessaires à une intervention efficace. »

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