Un jour dans la vie d’une agente de la santé qui traverse des marécages éloignés au Soudan du Sud


Le Soudan du Sud est l’un des pays qui représentent le plus grand casse-tête logistique en matière de soins de santé. De mauvaises routes, des conflits perpétuels, des prix sans précédent… Tout cela rend la prestation de services médicaux et le transport de fournitures extrêmement difficiles. Comme il n’y a seulement que 1 147 points de service en santé à travers tout le pays, plus de la moitié de la population n’a pas régulièrement accès à des soins. CARE a des centres mobiles de santé dans certaines des communautés les plus éloignées du nord de l’État d’Unité, au Soudan du Sud. L’équipe comprend huit personnes qui passent cinq jours dans chaque région où elles se rendent, fournissant des services de santé essentiels tels que des consultations, des dépistages nutritionnels, des cliniques de vaccination et des soins prénataux.

C’est l’infirmier Gabriel Wadar Chieng qui dirige l’équipe mobile de santé de CARE. Découvrez un jour dans sa vie.

Gabriel Wadar Chieng is a nurse and leads the CARE mobile health team.

7 h 30

À mon réveil, je brosse mes dents et je lave mon visage pour bien démarrer ma journée chargée. Ici, dans le nord du Soudan du Sud, la température du jour peut atteindre 38 °C. Ça explique pourquoi la plupart des gens se déplacent tôt le matin ou tard le soir pour recevoir des services de santé.

8 h 30

Vers 8 h 30, on boit en vitesse une tasse de thé et on se sépare en petits groupes de travail. Quelques employés prennent place au bureau des consultations, faisant du dépistage, établissant des diagnostics et dirigeant les patients au dispensaire pour de la médication ou alors, dans les cas plus sérieux, à la salle de consultation interne. On fait aussi du dépistage nutritionnel et de la vaccination pour les enfants de moins de cinq ans. De plus, on a un bureau où on donne des conseils aux femmes enceintes et on vérifie s’il n’y a pas de complications prénatales. De nombreuses personnes n’ont à peu près jamais reçu de soins médicaux, alors on essaie d’offrir la plus grande gamme de services possible pour répondre à la plupart des besoins de santé de la communauté.

13 h

On travaille normalement jusqu’à 13 h. Mais si la clinique déborde de gens, on ne prend pas de pause. Certains jours, on peut travailler jusqu’à 19 h sans s’arrêter, particulièrement dans les régions où les installations de santé sont à bonne distance. On ne reste que cinq jours par endroit. On doit donc aider le plus de personnes en peu de temps et, croyez-moi, les besoins sont gigantesques!

15 h

À cette heure-là, il y a toujours davantage de patients qui viennent, puisque la température est moins accablante. Les problèmes de santé les plus fréquents que l’on voit, c’est des cas de malaria. On a même vu des gens marcher cinq heures en portant des membres de leur famille sur des brancards pour qu’ils reçoivent un traitement. Quand les personnes gravement affectées par la malaria réussissent à se rendre à temps jusqu’à nous, on les met immédiatement sous perfusion de quinine, ce qui leur sauve souvent la vie.

En juillet et août, période de la saison des pluies et de la reproduction des moustiques, le nombre de cas de malaria est aberrant. Cette région du pays comporte beaucoup de marais, ce qui favorise l’éclosion de moustiques. Les inondations sont aussi une préoccupation constante.

Dans une journée, on voit habituellement près de 200 personnes. Aujourd’hui, la majorité des patients sont des enfants, et plusieurs d’entre eux ont une infection respiratoire aiguë à cause des conditions de vie difficiles. À 15 h, notre salle faite en bambou est déjà occupée par sept personnes sous intraveineuse.

La nouvelle de notre présence circule rapidement, et les gens marchent durant des heures pour venir à notre clinique. Ils arrivent souvent fatigués et déshydratés.

Gabriel Wadar Chieng is a nurse and leads the CARE mobile health team.

20 h

À 20 h, c’est la noirceur et on ramasse nos choses. Souvent, on soupe à 21 h ou 22 h. On cuisine avec les provisions qu’on a achetées en ville en début de semaine. On reste normalement assez tard pour discuter des problèmes de la journée et planifier la clinique du lendemain. On a une radio qu’on transporte avec nous et, le soir, on écoute les nouvelles. Tout ce qu’on entend ces jours-ci, ce sont de mauvaises nouvelles – comme des personnes tuées dans diverses régions du pays. C’est déprimant. Il n’y a aucun signal téléphonique dans ce coin de pays, alors on apporte un téléphone satellite, au cas où il y aurait une situation d’urgence et qu’il nous faudrait communiquer avec la base.

Il arrive que nous ayons des urgences en plein milieu de la nuit. Le mois dernier, on était dans un petit village appelé Lingeri. À 1 h du matin, un garçon de six ans nous a été amené dans un état de santé critique. Il avait des convulsions ainsi qu’une forte fièvre. On a découvert qu’il souffrait d’une malaria à un stade sévère. On l’a mis sous perfusion de quinine jusqu’au matin et, peu à peu, sa condition s’est améliorée. J’ai aussi un petit bonhomme de six ans. J’ai donc traité le petit patient comme s’il s’agissait de mon fils. J’étais prêt à tout pour le sauver.

Minuit

Il est minuit et je suis dans ma minuscule tente. Je vais dormir autant que je le peux et, demain, je vais reprendre ma routine. Quand j’étais jeune, j’avais déjà envie d’aider les gens et de donner au suivant. En 2013, j’avais le projet d’étudier en médecine à Juba (la capitale du Soudan du Sud) et, quand les conflits ont éclaté, mon rêve est parti en fumée. Même si mon rêve n’avait pas été gâché, j’aurais choisi de rester ici pour aider ma communauté. Je vais attendre que la situation s’améliore un peu et, plus tard, je vais poursuivre mon rêve de devenir médecin.


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