Crise au Myanmar : « Je suis tombée à genoux, les suppliant de m’épargner »

Begum (son prénom a été changé pour préserver son identité) confie qu’elle n’a aucune peine à identifier les trois pires journées de sa vie. Ce sont les trois derniers jours passés au Myanmar. Begum est l’une des quelque 400 000 réfugiées musulmanes du Myanmar qui, avant de fuir vers le Bangladesh, ont vécu ou ont été témoins d’un viol ou encore sont à risque de subir d’autres formes de violence sexuelle. Voici son histoire, telle qu’elle l’a racontée dans une tente d’un camp de réfugiés à Jennifer Bose, de CARE. Identifiable à son foulard rose, Begum est une jeune femme de 30 ans qui est mère de quatre enfants. Berçant dans ses bras son fils d’un an, Begum parle avec des intonations de colère dans la voix. Chaque fois qu’elle mentionne ses enfants, les émotions la gagnent.

Ils m’ont kidnappée. J’étais chez moi et je dormais lorsqu’ils sont entrés dans ma maison, m’ont bandé les yeux et m’ont emportée. J’ai hurlé de toutes mes forces, mais j’ai vite arrêté quand ils ont menacé de me tuer. Je ne sais pas ce qu’ils ont fait à mon mari. Encore aujourd’hui, je ne sais pas s’il est vivant. Je n’ai aucune idée où ils m’ont traînée. Ce que je sais, c’est que nous avons marché environ deux heures. Plus nous avancions, plus j’entendais les voix d’autres femmes qui étaient devant et derrière moi. Elles criaient et pleuraient.

Quand ils ont enlevé mon bandeau, j’ai vu de 20 à 30 femmes autour de moi. Parmi elles, 10 ou 15 étaient encore des enfants. Nous étions entourées de 20 à 30 hommes.

Ils nous ont déshabillées et ont commencé à rire de nous. Ils ont battu celles d’entre nous qui criaient ou résistaient. Ils se sont ensuite mis ensemble – 10 à 15 hommes à la fois – pour nous amener dans un coin, l’une après l’autre. Ils ont d’abord pris les jeunes filles. Certains hommes les ont maintenues au sol pendant que d’autres les ont violées. Plusieurs ont été étranglées.

Quand ils se sont approchés de moi, je suis tombée à genoux, les suppliant de m’épargner. Ils m’ont frappée jusqu’à ce que je sois inconsciente. À mon réveil, j’avais des douleurs dans le bas du corps et je savais qu’on m’avait fait du mal. Ça a duré une journée, puis deux, puis trois… Le second jour, deux hommes m’ont encore violée. L’un s’est mis debout sur mes mains pour m’empêcher de bouger pendant que l’autre m’a violée. J’ai cru que j’allais mourir. Mais quand j’ai pensé à mes enfants, j’ai trouvé le courage de survivre. Après trois jours, les autres femmes et moi avons constaté que la plupart des hommes s’étaient endormis.

Environ 10 d’entre nous avons saisi la chance de partir en courant. C’était un sauve-qui-peut.

Nous avons rapidement reconnu des routes et obliqué vers le village le plus près, où vivaient certains de mes proches. En voyant mon visage tuméfié, ils ont éclaté en sanglots.

Le matin, un des membres de ma famille est revenu me voir avec mes quatre enfants. J’étais si heureuse de tous les retrouver sains et saufs.

Lorsque mon aîné a vu dans quel état j’étais, il a insisté pour que j’aille à l’hôpital. Là-bas, j’étais si gênée de décrire ce qui m’était arrivé que j’ai demandé des analgésiques et j’ai vite quitté.

En nous rendant à l’hôpital, des hommes armés se sont emparé de mon cousin et l’ont abattu sous mes yeux. J’ai fait semblant d’être inconsciente, ce qui m’a sauvée.

À cet instant, j’ai su que je devais m’enfuir. Je suis donc retournée au village chercher mes enfants. D’autres femmes avaient aussi décidé de partir. Avec neuf familles, nous avons commencé à marcher à travers les montagnes, sans savoir où nos pas nous conduiraient. En chemin, nous avons croisé des centaines – des milliers – d’autres familles. Nous nous sommes mêlés à elles.

Nous avons marché durant huit jours, avec rien d’autre que les vêtements que nous portions. À l’occasion, des villageois nous ont donné un peu de nourriture et de l’eau. Finalement, nous avons atteint le camp de réfugiés. C’était il y a un mois et demi.

Je vis maintenant ici dans une tente avec une famille que je connaissais déjà. Je m’y sens plus en sécurité. Je suis reconnaissante de l’aide que mes enfants et moi y recevons. Mais nous avons besoin de plus de nourriture. Je suis à court de riz et je ne sais trop comment je pourrai nourrir mes enfants.

Mon plus grand souhait serait d’être à nouveau capable de leur donner à manger et de pouvoir les envoyer à l’école. J’espère que nous pourrons ici nous rebâtir une vie à l’abri des dangers.


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