Comment voyager avec mes enfants m’a appris à plonger dans l’aventure

Par Shannon Elliot, Commercialisation et Marketing, CARE Canada

Après que l’avion ait traversé 45 autres secondes de turbulences, j’ai croisé les yeux de mon mari dans l’un des sièges derrière moi. Ça n’annonçait rien de bon.

Le vol de nuit se déroulait en pleine obscurité, et les agents de bord de l’avion s’étaient comme volatilisés. J’ai tendu mon dernier sac en papier à mon mari, qui l’a placé devant notre fille. Son visage était pâle. Après encore 30 secondes, tous les deux se sont levés, l’air penaud devant la femme qui dormait dans le siège du côté de l’allée. C’était pas de chance, mon mari et notre fille Ava (qui, nous le savons maintenant, a un estomac délicat), étaient pris en sandwich dans une rangée de cinq sièges sur un vol de 13 heures à destination de Tokyo.

La femme endormie a remué lentement et a déplacé une couverture, un oreiller, un livre, un mouchoir, des écouteurs et, après ce qui a semblé une éternité, elle-même. Notre fille a bougé de quelques centimètres, a mis une main sur sa bouche et – imaginez la scène – a aussitôt vomi sur le siège de la femme.

Cela dit.

Je comprends que ce préambule peut donner l’impression que voyager avec des enfants, c’est épuisant, stupéfiant, morfondant et puant. Mais les turbulences – surtout avec une enfant terriblement mal à l’aise de son déversement et avec une passagère côté allée miraculeusement empathique – doivent avant tout rappeler une chose : dans la vie (et en voyage), ce n’est pas le chemin parcouru qui compte, mais la destination!

J’avais prévu faire des récits de voyage étayés de belles descriptions de châteaux japonais historiques et agrémentés de jolis commentaires sur les formes et les couleurs des rues de Harajuku, le tout sur fond savoureux de photos des mets de Dotonbori.

Me and my girls trying new food with new friends in Bangkok

En lieu et place, mes gribouillis me rappellent que notre plus jeune fille, Edie, s’est fait deux petites amies au parc Yoyogi après seulement quelques « high-fives », qu’Ava a rapidement conclu qu’il n’y avait rien à craindre des sushis (mais du saké, oui), et qu’il existait des gentils étrangers dans des taxis conduits par des chauffeurs patients qui avaient le don de décoder nos baragouinages japonais.

Chaque été depuis, c’est sacré, nous nous réservons du temps pour un endroit que nous ne connaissons pas et n’avons jamais visité. Edie appelle ça aventurisoté. Parfois, l’aventurosité nous a conduits dans une crique dans le parc Algonquin, où il y avait peu d’eau et trop de moustiques. D’autres fois, elle nous a incités à défier le chaos organisé de Bangkok ou la chaleur brûlante du Grand Canyon. Au fur et à mesure que les filles grandissent et voient des choses, leur soif d’aventurosité augmente, tout comme leur confort devant ce qui est différent : nourriture, gens et lieux.

Quand elles ont vraiment voulu caresser les bébés chèvres dans la campagne autrichienne, vous pouvez être sûr qu’elles ont utilisé chaque petit mot d’allemand qu’elles connaissaient pour demander au fermier s’il voulait bien leur ouvrir la barrière de l’enclos. Quand elles ont désiré goûter un dessert servi dans les rues de la Thaïlande (nouilles roses? glacée broyée? haricots rouges?), elles n’ont pas été trop timides pour sourire au sympathique vendeur de rue et lui pointer du doigt ce qui leur faisait envie.

Ava and Edie washing elephants in Thailand

Bien sûr, les voyages d’été viennent avec des effets collatéraux. La poussière sous l’étagère du couloir ne disparaît pas par enchantement à votre retour, les enfants n’arrêtent pas de se picosser pour autant, surtout quand votre cerveau prie pour deux minutes de paix, et votre fonds de retraite s’enrichit à un rythme modérément plus lent.

Pourtant.

Chaque année, quand je défais nos valises dans la quiétude de notre maison, je questionne notre santé mentale : pourquoi toujours repartir en aventurosité? Je me promets toujours de faire les choses différemment la prochaine fois (bien oui!). Mais tout ce que je peux me dire ne tient jamais longtemps. Dès que j’entends quelqu’un de ma famille pratiquer son « allo » en thaï, suggérer qu’on baptise notre chat Mozart (rappelez-vous qu’on est allé dans le pays où ce musicien est né) ou demander s’il est possible de faire du cari à partir de rien (réponse : non), eh bien, chaque fois je me… Chaque fois, je me souviens que pour chaque jour de voyage à traîner des sacs à dos lourds comme des roches, à trouver de la crème glacée en toute urgence ou à déchiffrer des cartes géographiques, il y a un monde qui s’ouvre. Et ce monde, à la fin de chaque journée, est dix fois plus immense qu’il ne l’était au réveil.

Un jour, peut-être, je voyagerai seule dans un endroit calme où personne ne vomit dans les sièges d’avion. Mais rien ne remplacera le fait que mes enfants m’ont appris à sauter dans l’aventurosité, à apprécier la vie sauvage dans le monde et à m’émerveiller de découvrir l’inconnu avec ceux que j’aime.


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