Malgré la guerre, les femmes du yémen vont de l’avant

À l’heure où une crise humanitaire secoue le yémen, pensons aux femmes qui luttent vaillamment pour leur propre survie et contre la violence et la pauvreté.

Rehab Alkhouja

Rehab, agente de terrain chargée de l’autonomisation économique des femmes pour CARE au Yémen, évoque le rôle des femmes dans un pays déchiré par la guerre.

Je suis la benjamine de ma famille. Ma mère a donné naissance à quatre garçons, puis je suis arrivée : la petite dernière.

Elle m’a confié que ma venue au monde l’avait remplie de joie. Jusqu’à mes 15 ans, nous avons vécu dans un petit village où beaucoup de filles de mon âge n’allaient pas à l’école. Ma mère tenait à notre éducation, ce dont je lui suis reconnaissante. Garçon ou fille, peu lui importait, elle croyait en l’instruction et veillait à ce que nous allions à l’école.

J’ai compris à quel point j’étais chanceuse quand j’ai commencé à travailler. En effet, une femme suffisamment instruite n’est plus vulnérable, mais indépendante.

La guerre a mis fin aux rêves de nombreuses personnes, dont les miens. J’avais l’intention de quitter le Yémen afin d’obtenir une maîtrise et un doctorat, puis de revenir pour enseigner à l’université.

Ce rêve ne s’est pas réalisé. Chaque jour, je me disais que la guerre serait bientôt terminée. Mais elle n’a fait que s’intensifier.

Lorsque j’ai intégré CARE à titre d’agente de terrain chargée de l’autonomisation économique des femmes, j’ai entendu beaucoup d’histoires sur les femmes du Yémen et les changements sociétaux concernant les rôles et les genres. Si nombre de femmes ont commencé à travailler afin de gagner des revenus supplémentaires pour leur famille, leur combat pour y parvenir n’est guère évoqué.

Si je qualifie les femmes du Yémen de superhéroïnes, c’est parce qu’elles vont de l’avant malgré la guerre, la mort, la famine et la destruction.

Rehab Alkhouja

CARE au Yémen

J’ai découvert qu’il existait deux types de femmes. Il y a d’abord les femmes qui vivaient dans de bonnes conditions avant la guerre, mais dont les époux ont été tués ou blessés, ont perdu leur emploi ou sont partis au front lorsque le conflit a éclaté. Les circonstances les ont forcées à assurer la subsistance de leur famille, une tâche dont elles s’acquittent avec brio. Gagner de l’argent et survivre les poussent à se montrer créatives : certaines travaillent comme couturières, d’autres vendent des plats faits maison ou fabriquent du parfum.

 Ensuite, il y a les femmes qui ont été victimes de violence domestique avant la guerre ou qui le sont toujours. Ce sont des superhéroïnes. Non seulement vivent-elles une guerre atroce comme des millions d’autres personnes, mais elles doivent également composer avec la violence de leur mari, de leurs frères, de leur père ou d’autres hommes dans leur vie.

J’ai rencontré quantité de femmes qui suivent des formations et assistent à des ateliers sans en informer leurs frères ou leur mari, dont elles craignent la réaction. Malgré les risques, rien ne les fera renoncer à aspirer à une vie meilleure.

Je pense par exemple à Sumaya, une femme battue par son mari. Lorsqu’elle a cherché refuge auprès de sa famille, son frère l’a frappée. Elle ne s’est pas avouée vaincue pour autant et, aujourd’hui, elle tient avec fierté un commerce de poulet.

En dépit de nombreux obstacles, des femmes comme Sumaya font preuve d’une ténacité extraordinaire pour survivre, pour réussir et pour nourrir leurs enfants.

Leurs histoires me font toujours prendre du recul et réfléchir à l’importance de l’instruction. Si ces femmes avaient comme moi fréquenté l’école, elles n’auraient peut-être pas connu la violence, la pauvreté et la faim.

Si je qualifie les femmes du Yémen de superhéroïnes, c’est parce qu’elles vont de l’avant malgré la guerre, la mort, la famine et la destruction.

Elles m’inspirent à surmonter les obstacles dans ma propre vie.

Elles me donnent des ailes.