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Des femmes brillantes pour un avenir lumineux

C’EST DANS UN CADRE INATTENDU QUE SE SITUE LE SALON DE BEAUTÉ, BLOTTI AU CŒUR D’UN CENTRE COMMUNAUTAIRE À AL-HASHMI, DANS L’EST D’AMMAN. À VOTRE ENTRÉE DANS LE PETIT SALON « SABAYA STYLE », L’EFFERVESCENCE EST PALPABLE. LES CINQ FEMMES À LA TÊTE DE CE NOUVEAU COMMERCE ONT DOTÉ LE SALON D’ÉQUIPEMENTS PROFESSIONNELS, CELUI-CI EXHIBANT DES MIROIRS DE STYLE HOLLYWOODIEN ET DES LUMIÈRES LE LONG DES MURS BLANCS, LE TOUT REHAUSSÉ D’ACCESSOIRES AUX ACCENTS DE ROSE.

Près d’un an après l’ouverture de leur salon, les femmes racontent comment elles ont transformé leur rêve en réalité. Rawda explique : « Nous avons chacune suivi un cours en esthétique, en coiffure et en soins des ongles, ici, au centre communautaire; c’est comme ça que nous nous sommes rencontrées. Peu de temps après, l’équipe de CARE nous a approchées pour nous demander si, avec son appui, nous aimerions nous regrouper afin de démarrer notre propre entreprise. Grâce à l’organisme, notre rêve s’est concrétisé, et nous sommes très fières de ce que nous avons accompli jusqu’à maintenant. »

Ekhlas enchaîne : « Rawda est la plus expérimentée d’entre nous, puisqu’elle a travaillé dans des salons pendant 25 ans; c’est la raison pour laquelle nous l’avons choisie pour être à la tête du commerce. » Pour sa part, Ekhlas n’a commencé à travailler que récemment. Elle poursuit : « J’ai quatre enfants âgés de 13, 15, 19 et 20 ans, ce qui fait que j’ai passé les 20 dernières années en tant que femme au foyer, coupant parfois les cheveux des voisins pour gagner un peu d’argent. Maintenant que les enfants sont plus grands et que mon mari travaille à l’étranger, je suis libre de me lancer en affaires. Ça me permet de bien concilier famille et travail, et mon mari n’y voit pas d’inconvénient. »

Les trois autres membres du groupe sont beaucoup plus jeunes, explique Shatha, 25 ans : « Nous trois, célibataires, n’avons pas obtenu l’approbation de nos parents dans le début; ces derniers ne nous ont pas soutenues dans notre projet d’aménagement du salon. Ils s’inquiétaient de nous voir travailler de longues heures et de devoir rentrer tard le soir. Il faut comprendre que dans notre culture, en Jordanie, on considère qu’il est trop tard pour une fille de quitter son emploi à 18 h 30. Nous ne sommes donc pas libres de quitter pour le travail ni de revenir à la maison quand bon nous semble. Malgré tout, nous avons réussi à mettre au point un horaire de travail que nous nous partageons à cinq, et mon père vient me chercher au travail. »

Les femmes discutent d’autres obstacles qu’elles ont dû surmonter, notamment l’obtention d’un prêt commercial. Shatha raconte : « J’ai d’abord essayé d’obtenir un prêt pour un salon à domicile, mais je ne pouvais pas garantir mon revenu, et les intérêts étaient trop élevés. » Rawda renchérit : « Nous avons eu beaucoup de chance de pouvoir aménager le salon dans le centre communautaire. Ouvrir un salon à l’extérieur de ces portes nous contraindrait à débourser des frais d’accréditation et d’obtention de licence, sans compter que les loyers ailleurs coûtent près du triple de ce qu’il nous en coûte ici. »

Elles poursuivent la conversation en parlant de la manière dont on se sent lorsqu’on est propriétaire d’une entreprise. « À l’époque où je travaillais dans un autre salon, je savais que je pouvais faire mieux que le patron, confie Shatha. Maintenant que c’est à notre tour d’être propriétaires, nous sommes maîtres chez nous! Personne ne peut nous dire quoi faire, c’est tellement plus agréable. Bien sûr, ce n’est pas évident de tenir un commerce, même pour les hommes, du fait de la situation économique précaire. Cela dit, bien que nos profits soient minces, nous sommes très satisfaites, car ce n’est qu’un début. »

Shahd, 20 ans, restée timidement assise pendant la majeure partie de la conversation, lance fièrement : « Nous sommes passionnées de coiffure et d’esthétique depuis que nous sommes toutes jeunes, et nous avons fait de cette passion une profession. »

Lorsqu’on leur demande quels conseils elles donneraient à d’autres aspirantes entrepreneures, les femmes s’animent : « Soyez persévérantes. Aimez ce que vous faites. Soyez bien préparées. Perfectionnez-vous. » Ekhlas résume la question ainsi : « Si une femme croit qu’elle est sur le bon chemin, qu’elle est déterminée et qu’elle croit en elle, elle réussira. »

En ce qui concerne leurs ambitions, Shatha conclut : « Nous sommes préparées à tirer d’autres leçons dans le but de nous améliorer chaque jour. Nous refusons de céder aux commentaires négatifs de la communauté. Nous voulons plus de travail, et visons à agrandir notre salon de même qu’à améliorer nos installations de manière à ce que chacune d’entre nous puisse accroître son revenu. » Il n’y a pas à dire, cette jeune femme sait exactement ce qu’elle veut.