Décider avec les femmes, et non pour elles : la force du leadership des femmes en temps de crise

Un texte de Rebecca Wilton, avec la contribution de Caroline Aol et de Grace Namukose (CARE Ouganda), de Tam O’Neil (CARE UK) et de Tessa Bolton (CARE Canada). Un merci bien spécial aux groupes de femmes du camp d’Omugo et à Affaires mondiales Canada, des acteurs clés de ce projet.

CE SONT LES FEMMES ET LES JEUNES FILLES QUI SONT LES PLUS DUREMENT TOUCHÉES PAR LES CONFLITS ET LES CATASTROPHES. OR RAREMENT LEUR APPORT EST-IL SOLLICITÉ POUR PLANIFIER ET FOURNIR L’AIDE HUMANITAIRE. LA STRATÉGIE DE CARE, QUI S’APPUIE SUR LE LEADERSHIP AU FÉMININ EN CONTEXTE DE CRISE, EST LA PREMIÈRE TROUSSE MISE À LA DISPOSITION DES TRAVAILLEUSES ET TRAVAILLEURS HUMANITAIRES POUR AIDER LES FEMMES À PRENDRE LES RÊNES DES INTERVENTIONS QUI LES CONCERNENT, ELLES ET LEUR COMMUNAUTÉ. NOUS VOUS PRÉSENTONS ICI CERTAINES DES LEÇONS TIRÉES DE L’APPLICATION DE LA STRATÉGIE AUPRÈS DE GROUPES DE FEMMES DU CAMP DE RÉFUGIÉS D’OMUGO, SITUÉ EN OUGANDA DANS LA RÉGION DU NIL OCCIDENTAL.

En temps de crise, les femmes font montre d’un leadership inédit

Les groupes de femmes avec lesquels nous avons travaillé ont conjointement ciblé des priorités et des mesures visant à accroître leur action dans leur communauté ainsi qu’avec les travailleuses et travailleurs humanitaires. En voici quelques-unes.

  • Organiser des conférences pour que les femmes se bâtissent un réseau, s’entraident et gagnent en influence : l’Association des femmes réfugiées du Soudan du Sud et CARE ont organisé deux conférences réunissant des groupes de femmes d’origines ethniques diverses, des hommes de la communauté, des représentants gouvernementaux et des organismes humanitaires pour discuter d’enjeux qui touchent les femmes.
  • Demander des comptes aux acteurs du milieu humanitaire : lors de la première conférence, certaines ont dénoncé le fait que des femmes devaient parcourir près de 10 km pour se rendre au point de distribution alimentaire le plus proche. Devant l’inaction du milieu humanitaire, le groupe de femmes Yoleta a organisé, en collaboration avec des dirigeants masculins, une grève pacifique. Elles ont ainsi engagé le dialogue avec les organismes et les ont convaincus de rapprocher le point de distribution de la communauté.
  • Éveiller les consciences aux droits des femmes : les groupes ont organisé, avec le responsable de la police de district, un forum au féminin à l’occasion des 16 jours d’activisme contre la violence fondée sur le genre, en plus de participer, en marge de la Journée internationale des femmes, à une table ronde de réfugiées mise sur pied par l’ONU et le Cabinet du premier ministre et ayant pour thème « Génération égalité : faire valoir les droits des femmes ».
  • Ramener la paix et favoriser la réconciliation : après la première conférence, le Groupe de femmes du Soudan du Sud a convié ses dirigeants culturels et les représentants élus de la région à une rencontre pour renouer le dialogue entre les Nuer et les Dinka. Avec l’aide du Cabinet du premier ministre, ces dirigeants examinent comment les suggestions formulées pendant la rencontre pourraient être mises en application.
  • Se porter candidate aux élections du Conseil pour le bien-être des réfugiés : certaines membres des groupes entendent présenter leur candidature pour siéger au Conseil pour le bien-être des réfugiés, notamment en qualité de présidente et de vice-présidente, des fonctions généralement « réservées aux hommes ». Les femmes ont préparé leur candidature et se sont pratiquées à faire campagne en public, entre autres lors de la deuxième conférence.

« Si vous me choisissez comme présidente, je veillerai à ce que les organismes responsables de la santé, de l’approvisionnement en eau et des écoles rapprochent leurs services de notre communauté. Je veillerai à ce que nos dirigeants culturels impliquent les femmes, les écoutent et prennent en considération leurs idées. Mais d’abord et avant tout, je veillerai à ce que toutes les femmes apprennent à lire et à écrire. » – Tereza Nyakum, candidate à la présidence du Conseil pour le bien-être des réfugiés

Comment les femmes font-elles tomber les barrières à leur participation?

Dans le cadre de la stratégie s’appuyant sur le leadership au féminin, on demande aux femmes comment elles veulent contribuer à l’action humanitaire, quelles barrières entravent cette participation et comment CARE et ses partenaires peuvent les aider à les surmonter.

  • S’appuyant sur une analyse rapide de genre sur le pouvoir et la participation, la stratégie aide les groupes de femmes à réfléchir d’abord aux obstacles à leur pleine participation aux processus décisionnels de leur communauté et à l’action humanitaire, et ensuite aux perspectives qui s’offrent aux femmes à cet égard. Les groupes sont ensuite amenés à créer conjointement des plans d’action.
  • Tous les groupes ont ciblé comme priorité les associations villageoises d’épargne et de crédit et la formation sur les compétences en affaires, car le manque de moyens de subsistance et un contrôle limité sur les finances familiales sont d’importantes barrières à la participation des femmes aux activités communautaires et à la prise de décisions hors du foyer.
  • Une autre priorité était l’alphabétisation des femmes. Pouvoir lire et écrire un anglais de base accroît la confiance des femmes et leur capacité à participer aux assemblées communautaires et aux autres discussions publiques. Cette formation a été offerte à d’autres femmes et, surtout, aux hommes de la communauté pour s’assurer de leur bonne volonté et éviter toute réaction hostile.
  • La stratégie Des hommes exemplaires (en anglais : Role Model Men and Boys) de CARE a également été mise en œuvre au camp d’Omugo. Le soutien des proches et des dirigeants masculins est primordial à la participation des femmes. Il permet de démanteler les structures patriarcales et atténue le risque de violence en réaction à l’implication des femmes en dehors du foyer. À Omugo, ce sont les groupes de femmes qui ont choisi les hommes pouvant participer à la stratégie.
  • La stratégie s’appuyant sur le leadership au féminin accroît la confiance des femmes et leur action collective. À la fin du projet, 91 % des femmes, plus du double par rapport aux données de référence, affirmaient avoir confiance en leur aptitude à négocier et à communiquer, et 92 %, le triple par rapport aux données de référence, indiquaient pouvoir travailler avec d’autres femmes pour résoudre des problèmes.

Pendant la pandémie de COVID-19, les femmes sont intervenues rapidement quand d’autres ne pouvaient le faire

Les groupes de femmes ont pris des mesures concrètes pour répondre à la nouvelle crise engendrée par la pandémie de COVID-19.

  • Protéger les femmes : un groupe de femmes a réorienté ses activités, confectionnant des couvre-visage que CARE a ensuite achetés et distribués à des femmes pour qu’elles puissent obtenir, en toute sécurité, des services destinés aux victimes de violence fondée sur le genre et des services de santé sexuelle et reproductive.
  • Lutter contre la « pandémie fantôme »: les groupes de femmes et les hommes participant à la stratégie Des hommes exemplaires sont intervenus face à la hausse de la violence fondée sur le genre, portant secours aux victimes quand de nombreux organismes ne pouvaient accéder aux camps de réfugiés en raison des restrictions sanitaires.
  • S’attaquer à la flambée des grossesses chez les adolescentes : CARE a commencé à travailler avec un nouveau groupe de jeunes filles dans le camp d’Omugo pour intervenir à l’égard de la hausse fulgurante des grossesses adolescentes, causée notamment par la fermeture des écoles, l’interruption des mesures d’aide et l’adoption de stratégies d’adaptation néfastes en raison de la COVID-19. Les autres groupes servent de mentors pour ce nouveau groupe.

Pour en savoir plus

Lire la Fiche d’information [en anglais]
Découvrir le nouveau cadre Voix et leadership des femmes de CARE [en anglais]