Une bonne dose d’espoir pour vaincre la COVID-19

« Sans le travail de centaines de personnes comme moi, certaines familles seraient laissées à elles-mêmes pendant la crise. Rien ne m’empêchera de les aider. »

Karunya Devi

Travailleuse sociale et gestionnaire de projet en Inde

Qui paie les doses? Combien coûtent-elles? Comment expédier les vaccins aux pays à faible revenu? Ces questions monopolisent le débat mondial sur la vaccination, reléguant au second plan une question fondamentale : qui veille à ce que tous soient vaccinés? Ce sont des millions de travailleuses de la santé comme Karunya aux quatre coins du globe. En effet, le personnel de la santé de première ligne est constitué à 70 % de femmes. Elles s’occupent des programmes de sensibilisation, établissent un lien de confiance avec les communautés et aident les gens à se faire vacciner. Mal rémunérées – quand elles le sont –, elles se voient rarement confier des pouvoirs et doivent composer avec une inégalité entre les genres parfois meurtrière.

Sans système logistique, les vaccins sont inutiles. Tant que nous ne paierons pas, ne protégerons pas et ne respecterons pas les travailleuses comme Karunya, nos investissements en vaccination n’auront pas les effets escomptés.

Le récent rapport de CARE, Our Best Shot [en anglais seulement], souligne que pour chaque dollar investi dans l’achat de doses, il faut investir 5 $ supplémentaires pour réussir à les administrer. La vaccination, c’est bien plus qu’une simple question d’approvisionnement.

Cette étude s’inscrit dans l’engagement de CARE de garantir une vaccination rapide et équitable. Elle se fonde sur nos décennies de collaboration avec le personnel en santé de première ligne pour distribuer des vaccins et renforcer les systèmes de santé. Avant la COVID-19, CARE avait lancé 54 projets dans 28 pays pour offrir des interventions et programmes à des travailleurs. Plusieurs projets se sont adaptés à la pandémie, et nos efforts contre la COVID-19 sont venus en aide à 30 millions de personnes dans 69 pays. CARE aide aussi plus de 1500 établissements de santé à fournir des services adaptés en contexte pandémique et épaule un quart de million de travailleurs de la santé de première ligne.

Qu’avons-nous appris?

  • Personne ne sera protégé tant qu’il y aura des laissés-pour-compte. Une distribution mondiale rapide et équitable sauvera deux fois plus de vies que le nationalisme vaccinal.
  • La relance économique des uns dépend de celle des autres. Chaque dollar investi dans les pays les plus pauvres se traduira par des retombées économiques de 4,80 $ pour les pays riches, car la relance économique en sera accélérée. Autrement, les pertes pour les pays riches pourraient se chiffrer à 4,5 billions de dollars.
  • La moitié du travail des femmes en santé n’est pas rémunéré. Les travailleuses de la santé contribuent pour 3 billions de dollars annuellement à l’économie mondiale. Or, la moitié de ce travail n’est ni rémunéré ni reconnu. Quand elles sont payées, elles touchent 28 % moins que leurs homologues masculins. En Afrique subsaharienne, 86 % des travailleuses de la santé ne reçoivent aucun salaire.
  • Les estimations des coûts de la vaccination font abstraction des travailleuses de la santé et de leurs droits. Les prévisions mondiales ne tiennent pas compte du salaire des travailleuses de la santé et excluent complètement les travailleuses communautaires. À défaut de rémunérer ces personnes pour leurs services, nous ne pourrons récolter les fruits de la vaccination.
  • Les travailleuses de première ligne sont essentielles pour contrer l’hésitation vaccinale. Au moins 28,5 % de la population mondiale hésite à se faire vacciner, et ce taux grimpe à 60 % dans certains pays. Sans une couverture vaccinale suffisante, personne ne sera protégé. Pour vaincre cette hésitation, il faut d’abord investir dans les travailleuses de la santé. C’est la confiance que les gens accordent aux travailleurs de la santé qui permettra d’améliorer les taux de vaccination, beaucoup plus que l’avis des proches ou d’autres sources non médicales.

Que devons-nous faire?

  • Financer une campagne de vaccination mondiale rapide et équitable. Les pays à revenu élevé, les donateurs, les banques de développement et les États doivent investir dans un vaste plan de vaccination. Cet investissement doit prévoir, pour chaque dollar injecté dans l’achat de doses, 5 $ pour préparer et administrer les doses. Le programme COVAX et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) doivent tenir compte, dans leurs modèles de coûts et leurs actions de sensibilisation, du coût total de la vaccination, qui doit comprendre les travailleurs de la santé formels et informels.
  • Protéger, rémunérer et valoriser les travailleuses de la santé de première ligne. Sur les 5 $ investis, la moitié – 2,50 $ – doit servir à équiper, à payer, à former et à soutenir les travailleurs de la santé de première ligne (dont 70 % sont des femmes). Ils doivent notamment être les premiers vaccinés dans leur pays et avoir accès à de l’équipement de protection individuelle adéquat. Par ailleurs, les travailleuses qui contribuent à la lutte contre la COVID-19 doivent gagner un salaire équitable et avoir des conditions de travail sécuritaires et propices, comme l’accès à des services de garde, à des primes de risque et au remboursement de leurs dépenses en santé.
  • Investir dans le leadership au féminin. Les femmes, en particulier les travailleuses de la santé de première ligne, doivent jouer un rôle de premier plan et avoir voix au chapitre quant à la distribution des vaccins, aux politiques et aux programmes à tous les paliers décisionnels.
  • Entreprendre sans tarder la préparation à la vaccination et consolider les systèmes de santé nationaux pour qu’ils soient prêts à lancer, dès que les doses seront disponibles, une campagne de vaccination efficace et équitable.

Que fait CARE?

  • Soutenir la vaccination. Dans la prochaine année, CARE entend aider 100 millions de personnes parmi les plus marginalisées et vulnérables, dont des femmes, des personnes vivant dans la pauvreté absolue et près de 275 000 travailleurs de la santé, à se faire vacciner contre la COVID-19.
  • Trouver des mécanismes de financement ingénieux. Au Bangladesh, CARE a coopéré avec le gouvernement et les localités pour créer un groupe de prestataires de soins de santé qualifiées du secteur privé. Ces entrepreneures, au service de la communauté, sont payées selon un modèle viable de rémunération à l’acte et interviennent là où les besoins sont les plus criants. Elles viennent en aide à 61 % des familles les plus pauvres de leurs districts et aux ménages des quintiles de revenu les plus bas. Khodeja, une de ces entrepreneures, affirme qu’en plus de lui permettre de perfectionner sa pratique et ses compétences entrepreneuriales, l’expérience a nourri son estime personnelle. « Je sais maintenant que les rêves se réalisent et j’aimerais que les jeunes filles et les femmes autour de moi croient elles aussi en leurs rêves. »
  • Diffuser l’information. Au Ghana, des équipes ont traduit et enregistré des messages sanitaires pour que les personnes analphabètes puissent être informées dans une langue qu’elles comprennent. CARE a aidé plus de 178 millions de personnes à avoir accès à des renseignements sur la prévention et le traitement de la COVID-19. Nous utiliserons ces mêmes méthodes pour informer les gens sur la vaccination.
  • Varier les moyens de communication. En Afghanistan, la sensibilisation se fait par téléphone et applications mobiles. Les travailleurs de la santé ont ainsi joint plus de 60 000 personnes par messages textes et 2000 femmes par messagerie vocale.
  • Offrir des services de santé mentale aux travailleurs de la santé. Certains pays, comme la Colombie, ont mis en place des lignes d’urgence et des applications pour que les travailleurs de la santé puissent recevoir de l’aide psychosociale afin de composer avec le stress et la hausse de leur charge de travail découlant de la COVID-19. L’Ouganda offre aussi une aide psychologique d’urgence aux travailleurs de la santé de première ligne et à la population et a créé une équipe d’agents de gestion de cas qui assure un suivi auprès des personnes qui ont besoin d’une aide supplémentaire.
  • Laisser les travailleuses de la santé assumer le leadership. En Inde, pour stimuler l’esprit d’équipe et la motivation, CARE a créé un système de collaboration dans le cadre duquel les différents groupes de soins se réunissent pour se fixer des objectifs mensuels et suivre, ensemble, leurs progrès. Cette meilleure concertation a amélioré les visites à domicile et la santé communautaire.
  • Plaidoyer pour le changement. CARE préconise l’accès aux vaccins de quelque 275 000 travailleurs de la santé de première ligne qui, autrement, seraient exclus des efforts de vaccination. En revendiquant la mise en place d’une politique de vaccination efficace et équitable, nous entendons soutenir au moins 40 millions de personnes dans au moins 10 pays.