« Je peux aider les femmes à faire entendre leur voix » : l’histoire d’Halatu

Halatu Benjamin a fui les violences au Soudan du Sud avec ses cinq enfants et ses deux nièces. Depuis mars 2018, elle vit dans le camp de réfugiés d’Omugo, dans le nord de l’Ouganda. En dépit du traumatisme, Halatu est parvenue à trouver un solide esprit de solidarité et un sens à sa vie au sein de son groupe de femmes.

Ce groupe épargne de l’argent et aide ses membres à créer de petites entreprises. Mais peut-être plus important encore, il a pris conscience de sa capacité collective à améliorer la vie de la communauté. Pour sa part, Halatu a découvert la leader qui sommeillait en elle. Elle a par exemple créé des espaces sûrs pour les femmes du camp et organisé un boycottage afin d’obliger les organismes humanitaires à se pencher sur les problèmes soulevés par le groupe. Elle assume aussi des fonctions au sein du Conseil pour le bien-être des réfugiés, où elle peut aider d’autres femmes à faire entendre leur voix.

Depuis 2016, l’Ouganda a vu un afflux de plus de 880 000 réfugiés sud-soudanais, majoritairement des femmes et des enfants. Dans ce contexte, la vie a été particulièrement difficile pour Halatu qui doit aussi prendre soin de sept enfants. « En tant que réfugiée, la situation est éprouvante, surtout quand on est une femme seule qui élève des enfants », confie-t-elle.  

La COVID-19 est encore venue compliquer la donne. La ration alimentaire d’Halatu a diminué, les écoles ont fermé et les sept enfants se sont retrouvés à la maison. Pour couronner le tout, les restrictions de déplacement ont pratiquement réduit à néant les activités d’épargne et de commerce de son groupe.

Malgré les difficultés, Halatu a toujours souhaité s’investir dans la vie du camp. Elle est d’ailleurs présidente du Comité de gestion du Centre des femmes d’Omugo. « Nous nous y rendons chaque semaine et passons du temps à parler et à nous encourager mutuellement », raconte-t-elle.

Concerned that women had to trek nearly 10km to the nearest food distribution point, Halatu, a South Sudanese refugee and her women’s group in the Omugo refugee settlement in Uganda, helped to organise a peaceful boycott to successfully advocate for the food distribution point to be moved closer to the community. Halatu’s work hasn’t stopped there. Photo: Ekinu Robert

Halatu Benjamin dans le camp d’Omugo, dans le nord de l’Ouganda. Toutes les photos ont été fournies par CARE Ouganda.

Consciente de l’importance de la solidarité féminine, elle explique : « J’ai cherché d’autres femmes. Comme la plupart d’entre elles n’avaient pas de mari, je leur ai dit qu’il fallait former un groupe pour pouvoir s’épauler et s’apporter un soutien émotionnel. » De là est né un groupe d’épargne comptant 26 membres, puis une entreprise collective qui achète des arachides et les revend aux autres réfugiés sous forme de pâte à un prix abordable.

En 2019, CARE a invité le groupe à rejoindre le programme « Women Lead in Emergency ». Cette initiative vise à travailler avec les femmes touchées par une crise, afin de les associer pleinement aux décisions de leur communauté et aux choix concernant l’aide humanitaire. Dans le cadre de ce programme, Halatu et son groupe ont demandé à bénéficier d’une formation en gestion d’entreprise et en leadership. La jeune femme a réussi à tirer le meilleur parti de cette formation. « Aujourd’hui, je m’en sors par mes propres moyens. J’ai pu en effet emprunter un peu d’argent et lancer une petite entreprise d’artisanat et de sandales. Cette activité m’aide à subvenir aux besoins de mes enfants », se réjouit-elle. 

Comme en témoigne Halatu, le groupe a également pris conscience de son pouvoir collectif : « Nous nous sommes rendu compte que nous pouvions à la fois agir à l’échelle collective et individuelle. »

« C’est plus facile quand une femme tient les commandes, parce qu’elle comprend mieux les problèmes auxquels sont confrontées les autres femmes et qu’elle est même capable de les soulever la première. »

Halatu Benjamin

Le groupe a notamment décidé de s’attaquer au problème concernant l’éloignement du point de distribution alimentaire. Il se trouvait en effet à plus de 10 km du village d’Halatu et assurait le service de cinq villages différents. Les femmes devaient donc se lever très tôt le matin afin de pouvoir s’y rendre.

« Sur le chemin, on croisait des femmes enceintes qui parcouraient cette distance harassante […] D’autres devaient marcher avec des enfants sur le dos », se souvient Halatu. 

Durant ce long trajet, les femmes étaient la cible potentielle de violences sexistes. Sans compter qu’une fois à bon port, il pouvait leur arriver d’attendre toute la journée sans recevoir de nourriture. Et le cauchemar recommençait le lendemain.

Elles se sont alors entretenues avec le président du Conseil pour le bien-être des réfugiés. Elles ont aussi écrit au HCR (l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés) et à la police pour leur signaler que des femmes avaient été violées durant ce long trajet et qu’il fallait faire quelque chose. Halatu a même rencontré le commandant du camp et le représentant du Cabinet du premier ministre. En vain. À ce stade, la coupe était pleine.

« En tant que femmes, nous nous battons pour nos droits. Nous avons parlé de la situation à différents interlocuteurs, mais absolument rien n’a changé », déplore-t-elle. 

Halatu et son groupe de femmes ont alors travaillé avec certains hommes respectés de la communauté pour organiser un boycottage pacifique du point de distribution alimentaire. S’il le fallait, les femmes étaient même prêtes à faire une grève de la faim. Mais leur action collective a porté ses fruits et le point de distribution a finalement été déplacé plus près de leur village.

Concerned that women had to trek nearly 10km to the nearest food distribution point, Halatu, a South Sudanese refugee and her women’s group in the Omugo refugee settlement in Uganda, helped to organise a peaceful boycott to successfully advocate for the food distribution point to be moved closer to the community. Halatu’s work hasn’t stopped there. Photo: Ekinu Robert

Halatu Benjamin et son groupe de femmes. Toutes les photos ont été fournies par CARE Ouganda.

Le groupe de femmes d’Halatu est par ailleurs très actif. « Notre groupe est constitué de femmes autonomes, et nous nous attachons à résoudre les problèmes avec le soutien de 30 hommes qui sont de véritables exemples pour notre communauté », précise Halatu. 

Ces femmes aiguillent notamment les survivantes de violences sexistes pour qu’elles puissent trouver de l’aide. Halatu explique : « Les femmes de la communauté font confiance au groupe et nous appellent généralement pour les aider à prévenir les violences sexistes. Nous leur donnons des conseils et encourageons les familles à vivre en paix. » 

En outre, les membres mentorent deux autres groupes de femmes à Omugo. Durant la pandémie, elles ont aussi participé à sensibiliser les autres réfugiés au port du masque, au lavage des mains et au respect de la distanciation physique. Aujourd’hui, il est même question de monter un atelier de fabrication de savon – une activité secondaire qui pourra bénéficier à l’ensemble de la communauté.

En ces temps incertains, le leadership de femmes comme Halatu est indéniablement porteur d’espoir.


About CARE’s Women Lead in Emergencies program

Destiné aux humanitaires de première ligne, le programme « Women Lead in Emergencies » est le premier outil pratique qui aide les femmes à prendre les devants dans la gestion des crises qui les concernent, elles et leur entourage. Cette approche permet de mettre les décisions – et l’argent – directement entre les mains des femmes touchées par une crise. CARE et ses partenaires accompagnent les groupes de femmes et les aident à prendre conscience de leurs droits, à renforcer leur confiance et leur esprit de solidarité, et à entreprendre des actions collectives pour améliorer leur vie et celle de leur communauté. Cliquez ici pour en savoir plus [seulement en anglais].

La réponse humanitaire de CARE à Omugo est généreusement soutenue par le gouvernement du Canada depuis 2017. Ce travail comprend l'aide aux réfugiés et aux membres de la communauté d'accueil en matière de santé sexuelle, reproductive et maternelle, la prévention de la violence basée sur le genre (VBG) et les activités de Women Lead in Emergencies.