À la rencontre de quelques leaders humanitaires chez CARE

CARE compte sur un personnel exceptionnel, des bénévoles et des partenaires travaillant main dans la main avec les femmes, les jeunes filles et leurs communautés aux quatre coins du monde pour sauver des vies, éradiquer la pauvreté et favoriser la justice sociale.

Faites la connaissance de trois de nos collègues humanitaires inspirantes : Marilyn, Rosemary et Mónica.

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Marilyn Mhawej
Cheffe DE PROJET principale
En poste au liban

Qu’est-ce qu’une journée type pour vous actuellement?

Trouver une station-service avant d’arriver au bureau lance une journée type au Liban, après la nuit passée à lutter contre les coupures de courant et l’utilisation restreinte du groupe électrogène, en espérant ne pas tomber malade et manquer de médicaments. Une fois au bureau, je commence ma journée par une bonne tasse de café avec mes collègues, en souhaitant que tout aille pour le mieux, avant de m’attaquer aux courriels et autres tâches administratives. L’après-midi est consacré en grande partie aux réunions et la journée se termine vers 17 h 30.

Quels sont les défis majeurs liés à votre travail? Et les plus grandes satisfactions?

Depuis octobre 2019, le Liban est en proie à une crise profonde aggravée par un chômage et une pauvreté en hausse constante, une devise qui a perdu 90 % de sa valeur et la plupart des secteurs qui s’écroulent les uns après les autres. Je parlerais donc plutôt d’axes d’amélioration et non de défis, chaque jour étant une occasion d’apprendre ou de faire différemment les choses. Le financement constitue actuellement le plus gros défi de mon point de vue, car les besoins ici sont considérables en ces circonstances exceptionnelles où les moyens sont limités. Pouvoir néanmoins apporter de l’aide aux familles vulnérables alors que les ressources manquent cruellement est pour moi la source de motivation que je garde constamment à l’esprit.

Comment les femmes et les jeunes filles peuvent-elles guider leur communauté dans le cadre d’interventions d’urgence?

 Les femmes et les jeunes filles continuent d’être sous-représentées dans leur communauté malgré les efforts déployés pour déployer une stratégie d’intervention inclusive et non discriminatoire. Les obstacles à la participation des femmes et des jeunes filles sont ancrés dans les normes culturelles, au détriment de leur engagement dans les activités à l’extérieur du foyer. Et les hommes, perçus comme les gagne-pain, sont d’emblée mis dans des dispositions idéales pour profiter de l’aide au cœur de l’intervention d’urgence.

Que souhaitez-vous faire savoir au grand public canadien sur l’action humanitaire?

Je veux que les Canadiennes et Canadiens sachent que la population libanaise a le potentiel et la volonté de s’en sortir. Ce qui manque, ce sont les ressources nécessaires à un changement utile et effectif au-delà de la crise socioéconomique actuelle.

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Rosemary Samuel
Gestionnaire de projets (SDSR/VS/WASH)
En poste au Nigéria

Qu’est-ce qu’une journée type pour vous actuellement?

Dans un contexte d’urgence, chaque jour est différent. Ma responsabilité première consiste à fournir dans sa globalité l’encadrement et la direction aux activités financées par le gouvernement du Canada, lesquelles portent notamment sur la santé et les droits sexuels et reproductifs (SDSR), la violence sexiste (VS) ainsi que l’eau, l’assainissement et l’hygiène (WASH). Je veille notamment à la planification, à la mise en place, au suivi et à la coordination en temps opportun des activités de projets. Je me consacre essentiellement aux intervenants externes (autorités locales, autres organisations non gouvernementales, entités des Nations Unies et organisations de la société civile). Je passe aussi un certain temps à gérer le personnel, à m’assurer que le personnel de CARE sous ma responsabilité reçoit l’appui nécessaire pour atteindre ses objectifs de développement personnel et professionnel. Je travaille également aux rapports de projets, je gère les budgets alloués ainsi que les fonctions de gestion des connaissances.

Quels sont les défis majeurs liés à votre travail? Et les plus grandes satisfactions?

Le plus grand défi pour moi est d’œuvrer au cœur de la crise humanitaire touchant le nord-est du Nigeria depuis 10 ans, dont l’évolution est fulgurante et imprévisible. Apprendre à gérer le temps et les attentes des bénéficiaires, des donateurs, des partenaires et des collègues constitue un enjeu immense. Le fardeau émotionnel que portent en elles des millions de femmes et de jeunes filles doit être souligné. Si l’incidence d’interventions comme les nôtres est incontestable, il est déchirant de constater que les victimes sont encore trop nombreuses à avoir besoin de cette assistance sans pouvoir en bénéficier. Les conditions de sécurité précaires et le choix délibéré de prendre le personnel humanitaire comme cible représentent d’immenses obstacles. Travailler sans relâche dans un lieu d’affectation déconseillé aux familles constitue une épreuve de plus pour une mère de trois jeunes enfants.

Mes plus grandes satisfactions sont de travailler avec les gens et de sauver des vies par ma contribution aux activités de SDSR en situation d’urgence, de promouvoir et d’encourager une vie exempte de violence pour les femmes et les jeunes filles par le soutien aux survivantes, ainsi qu’en les sensibilisant et en leur faisant prendre conscience de la violence sexiste présente dans nos communautés (communautés hôtes et camps de personnes déplacées) touchées par la crise. Je me réjouis de voir des femmes sourire et d’avoir des nouvelles de femmes n’ayant pu être enceintes depuis des années, avec leur bébé dans les bras, et de prévenir les décès liés à l’accouchement.

Comment les femmes et les jeunes filles peuvent-elles guider leurs communautés lors de situations d’urgence?

Les femmes et les jeunes filles assument progressivement des rôles de leadership – officieusement, parfois officiellement – dans leurs communautés en fournissant des services d’intervention d’urgence et en ajoutant leurs voix au processus critique de prise de décision au sein de ces communautés. Le plus souvent, les femmes deviennent les protagonistes de la sensibilisation aux atteintes sexistes, de l’accès aux droits sexuels et reproductifs et du mentorat pour les jeunes filles. Les femmes consacrent bénévolement leur temps dans un environnement sûr pour lutter contre la violence sexiste en tant que cheffes de famille, de soignantes, de modèles, de bénévoles en santé communautaire et de soutien psychosocial informel pour leurs homologues. Dans le cadre de leur collaboration avec CARE Nigeria, les femmes de l’État de Borno (nord-ouest du Nigeria) ont évoqué des problèmes de violence à leur égard auprès des responsables communautaires, se sont mobilisées pour venir en aide aux enfants déscolarisés et ont acquis des compétences en matière d’activités villageoises d’épargne et de crédit grâce à leurs groupes de solidarité. Les femmes interviennent en première ligne, organisent la communauté et bâtissent la paix lors des interventions d’urgence.

Que souhaitez-vous faire savoir au grand public canadien sur l’action humanitaire?

La politique étrangère féministe du Canada est bien perçue et bien accueillie. Le travail humanitaire vise à sauver des vies et à soulager les souffrances pendant et immédiatement après les interventions d’urgence.

La crise au Nigeria est multiforme et touche de façon disproportionnée les femmes et les jeunes filles. Le chemin est encore long pour restaurer la dignité, la sécurité et le mieux-être général des femmes et des jeunes filles.

Il faut encore :

  • financer des activités visant à appuyer le leadership et l’implication des femmes à transformer et à influencer les structures formelles;
  • financer des programmes visant précisément les femmes et les jeunes filles, notamment des programmes adaptés au genre;
  • intégrer des programmes sexospécifiques tout au long de la chaîne humanitaire;
  • s’engager à garantir la participation des femmes dans tous les processus décisionnels au sein de leurs communautés;
  • en finir avec la violence sexiste au sein des communautés;
  • financer des activités contribuant à renforcer la résilience et l’indépendance des femmes et des jeunes filles;
  • financer les programmes orientés sur les droits sexuels et reproductifs;
  • et, avant tout, envisager sur le long terme un financement pour le rétablissement rapide visant à stabiliser et à aider les femmes à s’installer durablement après le choc d’une situation d’urgence prolongée.
Mónica Tobar, CARE staff, Gerente de Calidad Programática y Movilización de Recursos.
November 2020. Quito, Ecuador.
Photographer: Ana María Buitron

Mónica Tobar
Responsable mobilisation, programme qualité et ressources
En poste en équateur

Qu’est-ce qu’une journée type pour vous actuellement?

Je commence ma journée en réfléchissant aux façons dont nous pouvons être encore plus utiles aux populations vulnérables, notamment en matière de santé sexuelle et reproductive, mais aussi par des processus innovants contribuant à l’amélioration de la qualité de vie des personnes migrantes. Nous cherchons aussi des solutions pour améliorer le travail d’équipe du personnel humanitaire, du fait que l’effectif est faible par rapport au nombre de personnes dont on doit s’occuper. En 2 ans, nous avons porté assistance à environ 200 000 personnes touchées par la crise au Venezuela et la COVID-19.

Quels sont les défis majeurs liés à votre travail? Et les plus grandes satisfactions?

Voici quelques-uns des défis à relever pour répondre à la crise humanitaire vénézuélienne :

  • Bien que ce soit la plus importante crise du continent et qu’elle draine depuis lors son lot de graves problèmes économiques et sociaux, la crise vénézuélienne a été ignorée en comparaison d’autres urgences dans le monde.
  • L’absence de volonté politique de conférer à la population migrante un statut légal dans le pays, malgré la citoyenneté universelle inscrite dans la loi équatorienne.
  • Les opinions et pratiques sociétales discriminatoires et méprisantes qui empêchent certaines personnes de vivre une existence digne.
  • Les ressources économiques insuffisantes pour gérer la crise humanitaire et encourager la population vénézuélienne migrante à gagner un revenu.

Et quelques satisfactions majeures :

  • La résilience de la population vénézuélienne, en particulier les femmes, qui créent leur petite entreprise pour se donner les moyens de subvenir à leurs besoins personnels et familiaux.
  • La détermination et la volonté de la population migrante de s’investir dans un pays déjà en proie à d’autres difficultés.
  • Le programme d’assistance humanitaire qui est parvenu à créer cohésion et intégration sociales, ce qui favorise l’échange de savoirs et d’expériences diverses.

Comment les femmes et les jeunes filles peuvent-elles guider leur communauté lors de situations d’urgence?

L’expérience nous a appris que la vulnérabilité des femmes migrantes n’est rien comparativement à leur extraordinaire aptitude à faire évoluer leur situation une fois qu’elles ont acquis soutien et autonomie. Les femmes ont la capacité de remettre en question les normes culturelles, de trouver les moyens de subvenir à leurs besoins personnels et familiaux et d’apporter des changements positifs au sein de leur communauté.

Que souhaitez-vous faire savoir au grand public canadien sur l’action humanitaire?

L’action humanitaire nécessite une coopération généreuse et de la main-d’œuvre en quantité pour contribuer à sauver des vies. Autonomiser les femmes, les jeunes filles et les jeunes gens en général pour leur donner les moyens d’incarner le changement suppose tout d’abord de répondre à leurs besoins fondamentaux, de les entendre et de leur fournir les outils nécessaires pour traverser les crises et gagner en résilience.

En renforçant les programmes d’aide humanitaire, en modifiants les dynamiques sociales et sexospécifiques et en incitant les décisionnaires dans le monde entier à répondre aux besoins des victimes des crises humanitaires, nous permettrons à ces populations de mener une vie digne en s’investissant dans leurs communautés et en bâtissant un monde meilleur pour toutes et tous.

CARE INTERVIENT DANS LES SITUATIONS D’URGENCE HUMANITAIRE DANS LE MONDE ENTIER, EN METTANT L’ACCENT SUR LES BESOINS ET LES DROITS DES FEMMES ET DES JEUNES FILLES, AFFECTÉES DIFFÉREMMENT PAR LES CRISES.