Nooryana est une sage-femme indonésienne qui apporte son soutien aux patientes enceintes ayant la COVID-19. Rosa Panggabean/CARE

Ce que les travailleuses de première ligne nous ont enseigné sur la préparation aux pandémies

Lorsque la pandémie de COVID-19 a éclaté, les gens se massaient dans les rues tous les soirs pour acclamer les travailleuses et travailleurs de la santé qui sont en première ligne. Cet esprit de solidarité s’est évanoui depuis. Les travailleuses et travailleurs de la santé tombent malades, s’épuisent, font la grève ou quittent carrément leur emploi.

Nous devons investir dans des ressources humaines et des systèmes de santé qui ne font pas que répondre aux besoins actuels, mais qui nous permettront également de surmonter les prochaines crises. Pour ce faire, nous devons veiller à ce que les personnes qui travaillent dans le domaine de la santé partout dans le monde – dont la majorité sont des femmes – bénéficient d’un salaire équitable, de conditions de travail décentes, d’une juste reconnaissance et de possibilités d’avancement à long terme.

Une campagne de vaccination contre la COVID-19 au Bangladesh. Asafuzzaman Captain/CARE Bangladesh
Une campagne de vaccination contre la COVID-19 au Bangladesh. Asafuzzaman Captain/CARE Bangladesh

Les chiffres montrent qu’il importe d’investir dans l’égalité des genres au sein des systèmes de santé pour mieux se préparer à la prochaine pandémie. L’égalité des genres accroît l’espérance de vie dans le monde entier, améliore la qualité de vie des populations et profite même à l’économie. En effet, pour chaque dollar investi dans le système de santé, ce sont 10 $ de retombées qui en résultent.

Il y a trois catégories d’investissement qui peuvent mener au succès. Premièrement, renforcer les compétences, le leadership et l’assurance des femmes. Deuxièmement, mettre les femmes en contact les unes avec les autres et avec les hommes, les responsables et les autres membres de leur communauté. Troisièmement, veiller à rendre les systèmes plus équitables, qu’il s’agisse de l’accès aux postes de direction, de la disponibilité des services de garde ou des normes sociales favorisant la mobilité des femmes.

COMMENT LES FEMMES ONT-ELLES PORTÉ LE SYSTÈME À BOUT DE BRAS?

En mettant à profit les investissements réalisés avant l’éclosion de la COVID-19, les femmes ont trouvé des moyens ingénieux de faire tourner le système. Elles ont maintenu, et parfois même intensifié les soins pendant la COVID-19 et d’autres crises qui ont touché simultanément le système de santé.

Des millions de femmes dans le monde ont été privées d’accès à des services essentiels en raison de la COVID-19 et du détournement des ressources vers la lutte contre la pandémie. Voici ce que les travailleuses de la santé ont accompli chaque fois qu’elles en avaient les moyens :

  • Fournir des services et de l’information. Des femmes appartenant à des associations d’épargne et de crédit au Myanmar ont suivi, grâce à leurs propres économies, des formations de secouriste et de sage-femme pendant les fermetures occasionnées par la COVID-19 afin de maintenir l’accès aux services de santé. Au Bangladesh, des professionnelles de la santé qualifiées sont devenues des agentes de vaccination agréées pour administrer les vaccins contre la COVID-19. En tout, elles ont fourni des services à 2,8 millions de personnes.
  • Innover grâce à la technologie. En Syrie, des travailleuses de la santé ont organisé des consultations de télémédecine en santé sexuelle et reproductive. Au Cameroun, des éducatrices pour les pairs ont offert des consultations et des services à plus de 32 000 personnes séropositives en l’espace de seulement 3 mois en ayant recours à WhatsApp, à la messagerie texte et à d’autres outils en ligne. Résultat : elles ont élargi l’accès aux services de 59 %.
  • Rendre les systèmes plus responsables. Au Malawi, des femmes et des jeunes filles se sont servies de fiches d’évaluation communautaires pour réclamer une hausse du budget national consacré à la santé sexuelle et reproductive, à un moment où la plupart des pays coupaient dans ces budgets pour investir dans la lutte contre la COVID-19. Au Niger, des groupes de femmes ont négocié une baisse du coût des services destinés aux femmes dans les dispensaires afin que les conséquences économiques de la COVID-19 ne privent pas les réfugiées et les personnes qui les accueillent de services essentiels.
  • Renforcer la solidarité. En Colombie, des femmes se sont battues pour que les travailleuses et travailleurs de la santé souffrant d’épuisement professionnel et d’autres conséquences de la COVID-19 aient accès à des services en santé mentale. En Tanzanie, les travailleuses de la santé se sont employées à gagner la confiance de la communauté, en particulier des jeunes, pour les inciter à consulter et à obtenir l’aide dont ils avaient besoin. Au Bénin, des femmes appartenant à des associations d’épargne et de crédit ont aidé de jeunes adolescentes tout juste mariées et des victimes de violences sexistes à obtenir des soins de santé et des services juridiques.
Mirwais Nasery/CARE
Mirwais Nasery/CARE

CE QU’IL RESTE À ACCOMPLIR :

  1. Exiger une définition plus inclusive du terme « travailleur de la santé de première ligne ».
  2. Élaborer des programmes avec et pour les travailleuses de la santé de première ligne, dont les travailleuses des services de santé communautaires. Les personnes qui travaillent sur le terrain méritent une place à la table des décisions.
  3. Exiger une protection suffisante, une rémunération équitable et le respect des travailleuses de la santé de première ligne.
  4. Investir dans des approches d’autonomisation pluridimensionnelles et transformatrices pour permettre aux travailleuses de la santé de première ligne de réaliser leur plein potentiel.
  5. Prioriser, financer et établir des partenariats locaux fondés sur l’équité et l’inclusion et dirigés par les groupes concernés, en particulier les femmes, les réfugiés et les autres populations marginalisées.
  6. Mettre au point des solutions technologiques inclusives, accessibles et centrées sur les personnes.
  7. Développer des stratégies transformatrices et adaptées au marché pour assurer la résilience des systèmes de santé.

NOUS GAGNONS TOUTES ET TOUS À VOIR DAVANTAGE DE FEMMES AFFIRMER LEUR LEADERSHIP DANS L’ENSEMBLE DES SECTEURS, DONT LA SANTÉ.