Chung dans son milieu de travail à l’usine d’Ivory dans le district de Hau Loc, dans la province de Thanh Hóa. Yen Duong/CARE

COMMENT FAIRE POUR QUE L’AVENIR DU TRAVAIL NE SOIT PAS SEXISTE?

LES TROIS PREMIÈRES RÉVOLUTIONS INDUSTRIELLES ONT FAIT PROGRESSER LES DROITS ET L’ÉGALITÉ. LA QUATRIÈME MENACE DE LES FAIRE RECULER.

« J’aimerais adresser un message aux hommes : les femmes ne sont pas moins fortes que vous. Nous aussi, nous gagnons de l’argent et nous aussi, nous passons de longues heures au travail. Alors, consacrez plus de temps à votre famille. »

Au Vietnam, c’est en ces termes que Chung interpelle les hommes sur la question de l’avenir au travail.

Au Pakistan, Hina met l’accent sur les difficultés liées à la gestion de son entreprise durant la pandémie de COVID-19.

Elle raconte : « On peut dire qu’on en a bavé. À un moment, on a même envisagé de jeter l’éponge. Heureusement, j’ai réussi à surmonter les difficultés et à aller de l’avant. Gérer à la fois une entreprise et un foyer constitue un véritable défi. Il ne me reste que très peu de temps pour dormir. »

« Si j’avais perdu courage, je n’en serais peut-être pas là aujourd’hui », abonde Marlita Tenorio Gonzales, au Pérou.

Marlita Tenorio Gonzales runs a sportswear business in the Peruvian capital of Lima. CARE Peru
Marlita Tenorio Gonzales gère un magasin de vêtements de sport à Lima, la capitale péruvienne. CARE Pérou
Depuis neuf ans, Hina Sadaf Butt gère une auberge à Islamabad, au Pakistan. CARE Pakistan
Depuis neuf ans, Hina Sadaf Butt gère une auberge à Islamabad, au Pakistan. CARE Pakistan

La vérité crue, c’est que l’avenir du travail s’annonce profondément sexiste si nous choisissons la voie de l’immobilisme.

La COVID-19 a accéléré l’avènement du « travail du futur » et consacré l’ère du télétravail, de la transformation numérique et de la quatrième révolution industrielle. Mais elle a également exposé au grand jour les inégalités existantes, TOUT EN LES EXACERBANT.

Les trois premières révolutions industrielles ont fait progresser les droits et l’égalité. La quatrième menace de les faire reculer.

La COVID-19 a mis à mal les droits des femmes, acculés à leur niveau de la génération précédente. En effet, les femmes ont dû quitter le marché du travail plus rapidement que les hommes et eu davantage de difficultés à reprendre une activité professionnelle. Les entreprises dirigées par des femmes étaient plus à risque de mettre la clé sous la porte. Malgré une perte de chiffre d’affaires supérieure, les entrepreneures se sont vu octroyer moins de prêts que leurs homologues masculins pour redresser la barre. Le harcèlement numérique envers les femmes a quant à lui connu une envolée spectaculaire – en Thaïlande, la haine en ligne à leur égard a été multipliée par plus de 23 durant la pandémie. Enfin, la part des services de soins offerts à titre gracieux par des femmes est elle aussi montée en flèche – en 2020, elles ont fourni près de quatre fois plus de prestations de soins non rémunérées que les hommes.

Alors, comment trouver un nouveau souffle dans un tel contexte?

Cette situation n’est pourtant pas une fatalité.

En fait, nous avons même commencé à nous y attaquer avec succès.

Chung, Hina et Marlita incarnent ce formidable espoir, tout comme les nombreuses autres femmes qui ont réussi à trouver des solutions viables avec le soutien de CARE.

Pham Phuong Thao a lancé un commerce de fleurs et de plantes ornementales il y a quatre ans et emploie aujourd’hui six personnes. CARE Vietnam
Pham Phuong Thao a lancé un commerce de fleurs et de plantes ornementales il y a quatre ans et emploie aujourd’hui six personnes. CARE Vietnam

QU’EST-CE QUI BOUGE?

  • L’épargne permet de favoriser le leadership des femmes et de les faire participer à l’économie. En effet, chaque dollar investi dans un groupe d’épargne génère 7 $ de revenu pour ses membres la première année, et 18 $ la cinquième. Les associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC) de CARE contribuent donc au leadership des femmes, tout en leur apportant le soutien nécessaire à la gestion de leur entreprise.
  • Les femmes sécurisent le milieu du travail. Elles se mobilisent massivement pour mettre fin au harcèlement sexuel. Au Laos, le nombre de femmes victimes de harcèlement est ainsi passé de une sur six à une sur vingt.
  • Les femmes ont la possibilité de tenir les premiers rôles. Une habitante du Pakistan témoigne : « Ma vie évolue dans le bon sens. Je n’hésite plus à m’exprimer. Aujourd’hui, nous travaillons avec des hommes […], et je discute avec assurance de n’importe quel problème avec eux. En somme, je me sens beaucoup plus confiante. »
  • Les femmes créent des emplois. Au Rwanda, elles ont créé plus de 10 000 postes pour un investissement inférieur à 10 $ par emploi – cet investissement doit aussi s’accompagner d’une formation des hommes, afin de rallier leur soutien aux femmes entrepreneures.
  • Les femmes dirigent des entreprises. En investissant dans leurs projets, il est possible de générer 5000 milliards de dollars de croissance économique. Au Pakistan, Fariha déclare : « Grâce à l’entrepreneuriat, les femmes peuvent non seulement devenir plus indépendantes et plus confiantes, mais aussi subvenir aux besoins de leur famille. Dès qu’elles franchissent le pas, de nouveaux horizons s’ouvrent à elles. »
  • Les femmes ont accès à des prêts à des conditions plus souples. Le programme Rwanda de CARE a profité au total à 5,36 millions de personnes, et apporté un soutien direct à 42 515 entrepreneures et entrepreneurs. En outre, ce sont 33,9 millions de dollars américains qui ont été prêtés par nos partenaires financiers dans le cadre de cette initiative. Au Pakistan, les femmes peuvent désormais obtenir un prêt sans la signature d’un homme. Au Vietnam, le montant des prêts est passé de 2000 $ à 4000 $ tandis que les taux d’intérêt ont chuté de 2 %.
  • L’égalité stimule le secteur agricole. Au Burundi, la promotion de l’égalité entre les sexes – c’est-à-dire l’incitation à un milieu de travail inclusif pour les hommes et les femmes – a permis de doubler la production de riz, de réduire la violence et de générer 5 $ de revenu par dollar investi. La réduction des inégalités dans le secteur agricole et des répercussions environnementales de l’activité agraire constitue un enjeu économique et climatique majeur. C’est aussi la clé d’un avenir commun fait de résilience pour toutes et tous.

MAINTENANT, QUE FAIRE?

Il est temps de rééditer tous ces succès à plus grande échelle en misant résolument sur l’égalité entre les sexes.

INVESTIR DANS LE LEADERSHIP ET L’ENTREPRENEURIAT DES FEMMES

Aux quatre coins du globe, les organismes de défense des droits des femmes sont, depuis des décennies, en première ligne dans la lutte contre les inégalités entre les sexes. Ils disposent donc d’une expertise essentielle, qui leur permet de déterminer les investissements fructueux et la façon de les rentabiliser à long terme. Nous devons apporter un soutien financier à ces groupes et mettre leur temps et leur savoir-faire à profit afin de promouvoir des stratégies favorisant l’égalité entre les sexes pour l’avenir du travail.

RÉMUNÉRER LES PRESTATIONS DE SOINS À SALAIRE ÉGAL

Chaque dollar investi dans le personnel soignant et le système de santé est susceptible de générer 10 $ de revenu. Cette démarche permet également de mieux se préparer contre les pandémies – et donc d’en limiter les conséquences néfastes sur l’économie.

BÂTIR UN AVENIR PLUS ÉGALITAIRE

Les entreprises devraient investir dans la formation, l’éducation et l’emploi, en vue de remédier à l’effarante sous-représentation des femmes dans le monde du « travail du futur ».

INCLURE LES FEMMES À CHAQUE ÉTAPE DES CHAÎNES D’APPROVISIONNEMENT ET LES RÉMUNÉRER POUR LEUR TRAVAIL 

Nous devons nous assurer que les femmes participent aux chaînes d’approvisionnement mondiales et qu’elles bénéficient pour leur travail d’une rémunération et d’une reconnaissance identiques à celles des hommes. Il est essentiel de porter une attention toute particulière aux agricultrices, aux travailleuses et aux professionnelles de la santé.

ALLÉGER LE FARDEAU DES SOINS NON RÉMUNÉRÉS 

Nous devons aider les familles à répartir équitablement la charge de travail liée aux soins non rémunérés – garde d’enfants, entretien ménager, soins à un proche malade, etc. En outre, il faut militer pour l’instauration d’un congé parental, d’un système de garde et d’un congé de maladie ouverts à toutes et à tous.

NOUER UN PARTENARIAT AVEC LES HOMMES ET LES JEUNES GARÇONS EN FAVEUR DE L’ÉGALITÉ

Pour aboutir à une solution, il est essentiel d’intégrer les hommes au processus, et notamment de leur faire prendre conscience des besoins des femmes, des obstacles qu’elles rencontrent et des normes sociales qui les contraignent. Une société plus égalitaire profite à TOUT LE MONDE.

ACCÉLÉRER L’INCLUSION NUMÉRIQUE ET FAVORISER L’ÉGALITÉ D’ACCÈS AUX OUTILS TECHNOLOGIQUES

Nous devons créer pour toutes et tous des ressources et des espaces virtuels sûrs. C’est ainsi que nous parviendrons à réduire la fracture numérique, qui éloigne trop souvent les femmes de l’entrepreneuriat.

VOUS SOUHAITEZ EN SAVOIR PLUS? CONSULTEZ NOTRE RAPPORT : THE FUTURE OF WORK IS SEXIST [L’AVENIR DU TRAVAIL EST SEXISTE –EN ANGLAIS SEULEMENT].