Accoucher dans un camp de réfugiés au Bangladesh : l’histoire de Maimuna

Maimuna and her infant daughter are refugees from Myanmar living in a makeshift shelter in a settlement in Bangladesh.

Maimuna a 18 ans. Elle vit dans un abri de fortune au camp de Gundum, au Bangladesh, avec son mari et leur fillette. Sa mère, Khatiza, ainsi que ses sœurs Ali et Fatema, âgées de 16 et 13 ans, habitent avec eux.

Trois jours avant qu’un membre de CARE s’entretienne avec elle, Maimuna a donné naissance à son premier enfant dans le camp de réfugiés, sans sage-femme  qualifiée à ses côtés. Elle a heureusement pu compter sur l’aide d’une accoucheuse âgée.

Dans la culture de Maimuna, les nouvelles mères passent les jours qui suivent leur accouchement assises près d’un feu, symbole de spiritualité. Ce temps de repos leur permet de se rétablir et d’avoir accès à de l’eau chaude pour se laver. Mais Maimuna n’a pu respecter cette tradition, puisqu’elle a manqué de bois pour allumer un feu.

Depuis la rencontre avec Maimuna, le camp de Gundum a été dissolu, et tous les réfugiés ont dû se diriger vers d’autres camps.

Maimuna nous offre son récit :

« Ma fille est née ici. Une femme du camp est venue m’assister.

« C’est mon premier bébé. Le temps de travail a été long et vraiment douloureux. Nous n’avons pas encore donné de prénom au bébé.

« Mon mari est parti chercher de l’aide. Il a un handicap aux jambes, alors il marche en boitant.

« Je ne peux pas allaiter ma fille. Je n’ai pas de montée de lait. Je ne mange pas assez. Ça fait des jours qu’on a faim. Mon mari nous apportera quelque chose à manger, à ma mère et moi. Depuis notre arrivée ici, il y a trois jours, nous n’avons avalé qu’un peu de riz bouilli chaque jour.

« Il nous a fallu du temps pour nous rendre à ce camp. Quand nous sommes arrivés, mes pieds avaient plein d’ampoules.

« Rapidement, mes contractions ont commencé. Nous avons marché dans le camp, sans rien et sans endroit où aller. C’était horrible.

« Le bébé a faim. Elle ne fait que pleurer. Mais qu’est-ce que je peux faire? »

Khatiza, la mère de Maimuna, nous parle du village qu’elle et les siens ont dû fuir :

« C’était un jeudi soir. Nous avons entendu des coups de feu dans le village, mais nous n’y avons pas prêté attention plus qu’il ne faut. Nous sommes allés dormir. Au matin, des gens sont arrivés et ont mis le feu à toutes les maisons. Nous avons juste eu le temps de sauver nos vies. Les personnes qui n’ont pu quitter leur foyer sont mortes brûlées vives. Je ne saurais dire combien sont mortes. Il y en a eu tellement, tellement…

« Nous n’avons rien pu emporter. Nous avons juste couru et couru. En chemin pour nous rendre au camp, nous avons dormi dehors. Parfois, nous avons pu nous réfugier dans des maisons désertées.

« Le trajet a été très difficile. Vingt jours que ça nous a pris. Maimuna était rendue au terme de sa grossesse, et son mari ne pouvait pas marcher facilement.

« J’ai fait tout ce que j’ai pu pour qu’on avance. Je savais que le bébé allait naître bientôt et je voulais qu’on puisse s’installer un peu avant l’accouchement.

« Quand nous avons enfin atteint le camp, Maimuna a ressenti ses premières douleurs. Elle criait et un homme l’a entendue. Il lui a cédé son abri, et nous y sommes toujours. C’est là qu’elle a mis au monde sa fille. C’était un abri simplement fait d’une feuille de plastique retenue par des bâtons, mais cet homme nous a donné tout ce qu’il avait et nous lui en sommes reconnaissants.

« Le travail a duré 18 heures. Pas un accouchement facile. Maimuna hurlait. Mais le bébé est finalement arrivé, en bonne santé en plus.

« Il n’y a pas de bois à brûler ici. Je ne peux donc pas faire de feu pour Maimuna. Impossible de réchauffer de l’eau pour la laver.

« Elle est si jeune, trop jeune pour être mère. Mais nous n’avons aucune méthode de planification des naissances. Ma fille aura plusieurs bébés et nous n’avons rien. Quelle vie auront-ils? Quelle vie aura cette petite qui vient de naître dans un monde de souffrance? »


CARE est à l’œuvre au Bangladesh, fournissant du soutien vital à des réfugiés du Myanmar. En savoir plus >>

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