Yémen : « Mon plus grand souhait en 2018, c’est la paix. »

Par Abdulhakim Al-Ansi, CARE Yémen

2017 n’a pas été une année facile pour le Yémen. De mon côté, je suis retourné dans mon pays natal. En janvier, après avoir travaillé et étudié à l'étranger pendant quatre ans, j’ai atterri à l'aéroport d'Aden. Bien sûr, je savais qu’une guerre déchirait mon pays depuis presque trois ans, mais ce que j’ai vu m’a jeté par terre. Le bâtiment de l'aéroport était en ruines. Il y avait des avions brûlés un peu partout. Des tanks se déplaçaient près de la piste d'atterrissage.

En route vers Sanaa, j'ai été estomaqué d’apercevoir l’état des édifices, des hôtels, des maisons, des écoles et des routes. Tout était dévasté. C'était la première fois que je ne pouvais traverser Aden jusqu’à Sanaa pour ensuite me rendre à Taïz, ma ville d’enfance. Celle-ci était affectée par des conflits impitoyables depuis trois ans.

Pendant des mois, mon nouveau collègue Hind et moi-même avons fait l’impossible pour faire entendre la voix des gens au Yémen et attirer l'attention du monde sur la crise humanitaire dévastatrice qui y sévit. N’oublions pas que, même avant la guerre, le Yémen était le pays le plus pauvre du Moyen-Orient.

Déjà, en janvier 2017, la situation au Yémen était critique. Environ 18 millions de Yéménites avaient besoin d'aide humanitaire – ce qui représente plus de la moitié de toute la population. Un grand nombre de personnes n'avaient pas accès à de l'eau potable. Les ordures jonchaient les rues et les villages. Les employés du secteur public n'avaient pas reçu leur salaire depuis plusieurs mois.

Walking the streets in Yemen

À la fin d'avril, une épidémie de choléra a éclaté et s’est propagée très rapidement. Tous les jours, quelque 5000 à 6000 cas étaient rapportés.

Je me souviens de m’être déplacé avec ma caméra dans les hôpitaux, où les patients étaient allongés dans les couloirs. Hommes, femmes, garçons et filles, jeunes et vieux. Ils étaient si faibles qu'ils ne pouvaient même pas parler. J’ai eu mal pour eux. En même temps, j’ai senti une colère monter en moi à cause de cette guerre qui faisait vivre l’enfer à tant de personnes.

Eman a été le premier cas de choléra que j'ai vu. Cette petite fille n’avait même pas la force d'ouvrir les yeux. Sa grand-mère était assise à côté d'elle, avec une rivière de larmes qui coulait sur son visage. Elle ne cessait de demander au médecin si sa petite-fille allait s’en tirer. Des histoires comme celle-là, j’en ai vu beaucoup. Beaucoup trop.

Adham is 4 years old and being treated for cholera at a hospital in Amran Governorate, Yemen.

Adham a été amené à l'hôpital tardivement. Ses parents ont tenté de le soigner chez eux avec des remèdes maison pendant plus de 24 heures avant de craindre le pire. Lorsqu’ils l’ont conduit à l’hôpital, le petit était inconscient, attendant que des médecins débordés lui sauvent la vie. J’avais le cœur à l’envers de ne rien pouvoir faire pour lui, sinon de partager son histoire avec le monde.

Bushra a dû fuir sa maison avec sa famille qui n’avait d’autre choix que de se déplacer pour résister à la guerre. Même si elle ne parle pas, ses yeux semblent poser des millions de questions, comme : « Est-ce que tout ça finira bientôt? »

Karima a dû regarder avec impuissance son fils mourir devant ses yeux, n’ayant pas l'argent pour l'amener à l'hôpital. Elle n’a même pas eu le moindre morceau de pain à lui offrir pour calmer son ventre. Après six heures de diarrhée sévère, il a rendu l’âme dans la minuscule pièce qui servait de foyer à sa famille.

Les histoires désolantes que je partage avec vous sont monnaie courante ici. La guerre dure depuis presque trois ans et pourrit la vie de tout le monde, même à moi et à mes collègues. Nous faisons la file pendant des heures pour obtenir de l'essence et, bien souvent, nous n'avons ni électricité ni chauffage. En ce moment, il fait moins cinq degrés et les appareils de chauffage de la maison ne fonctionnent pas. Beaucoup peinent à nourrir leurs familles, parce que les prix de la nourriture et des médicaments ont atteint des sommets.

Malgré tout cela, nous croyons fermement que les 174 personnes de notre équipe qui sont réparties à Aden, Hajjah, Amran, Turbah et dans d’autres endroits sur la planète peuvent faire une différence dans la vie des gens. Nous travaillons sans relâche pour répandre l'espoir et motiver les communautés à rester fortes.

Une nouvelle année commence et nous attendons toujours de voir notre vœu de l’an dernier se concrétiser. Nous attendons la paix. Pour l’instant, la situation est affolante. Le nombre de personnes dans le besoin a grimpé à 22 millions, la diphtérie se répand à grande vitesse et les conflits s’intensifient, accentuant l’insécurité des gens.

Il est devenu difficile de convaincre le monde que demain, les choses iront mieux.

Abdulhakim Al-Ansi, CARE Yemen

Mon plus grand souhait en 2018, c’est la paix. Seule la paix peut aider les Yéménites à se relever de leurs épreuves et à reconstruire ce que cette guerre a fait de notre magnifique pays. L'an prochain, j’espère avoir le plaisir de souligner les innombrables vies que la paix aura permis de sauver. Mon rêve serait que des Yéménites me racontent leur retour à la maison. Je veux pouvoir parler de mes voyages à Taïz, à Hudydah et à Aden, de l'aéroport de Sanaa qui déborde de voyageurs comme avant, des hôpitaux qui accueillent un nombre normal de patients ainsi que des écoles qui revivent sous la belle agitation des enfants. Je veux pouvoir dire que la société a tourné une page malheureuse de son histoire et qu’elle s’ouvre pleinement à la tolérance et à la volonté de façonner un nouveau Yémen. Chemin faisant, je souhaite que le monde accorde plus d’intérêt à la crise du Yémen, mais aussi aux crises qui ne font pas les manchettes. Plus nous avons foi en l'humanité, plus les conflits et la haine s’estomperont.


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