Yémen : deux chemins différents

Destruction from the conflict in Yemen

Par Abdulhakim Al-Ansi, CARE Yémen

Il était 16 heures et j’étais encore au bureau pour donner une entrevue radio sur la situation humanitaire au Yémen.

Pendant l’entrevue, mon téléphone était en mode silencieux, de sorte que je n’ai pas vu qu’on tentait de me joindre. Quand j’ai regardé mon téléphone, j’ai vu que j’avais manqué plusieurs appels et qu’on m’avait écrit : il y avait eu une frappe aérienne juste à côté de chez moi.

Le sang a aussitôt glacé mes veines. Et si des membres de ma famille avaient été tués? Et si mes parents ou mes frères et sœurs s’étaient ajoutés au nombre des victimes de toutes les histoires d’horreur qu’on entend sur la guerre et qui n’inquiètent pas toujours le monde?

Depuis le début du conflit qui a éclaté en mars 2015 au Yémen, un nombre incalculable de personnes sont mortes. Beaucoup d’entre elles ont perdu la vie en raison de la guerre.

« Comme si ça intéressait quelqu’un »

Ce sont les mots exacts que j’ai entendus le mois dernier lorsque j’ai visité le camp d’Altahseen qui accueille des personnes déplacées dans le gouvernorat d’Amran. Ce camp abrite plus de 100 familles qui ont fui leur foyer à Hodeidah en raison des combats qui y ont lieu. J’étais sur place pour prendre des photos reflétant leur situation.

Alors que j’essayais de prendre quelques clichés, une bagarre a éclaté entre des femmes qui se bousculaient pour remplir leurs bidons d’eau. J’ai immédiatement arrêté de prendre des photos par respect pour ce qu’elles vivaient. Mais l’une des femmes à proximité du réservoir d’eau s’est exclamée : « Continuez! Ça montrera ce qu’on vit tous les jours ! » Puis elle a ajouté : « Comme si ça intéressait quelqu’un. »

J’ai quitté le camp en réalisant à quel point les gens étaient désespérés et épuisés après presque quatre années de guerre.

C’est terrible de penser qu’autant de personnes sont aujourd’hui confrontées au sombre abîme d’un avenir incertain. Selon un récent rapport, plus de 15 millions de personnes se trouvent présentement en situation de crise ou de grave insécurité alimentaire. De plus, 65 000 autres personnes sont maintenant touchées par la famine.

En prenant connaissance de ces chiffres, je n’ai pu m’empêcher de me poser de tristes questions : combien de ces personnes sont en état de survie? combien se laissent lentement glisser vers la mort? combien d’enfants en sont à leurs dernières respirations pendant que j’écris ces lignes que vous lisez?

Et si c’était vous qui viviez dans une petite tente laissant entrer le froid? Si c’était vous qui n’aviez pas de nourriture, pas de vêtements et rien à offrir aux sept membres de votre famille? Comment vous sentiriez-vous si, chaque jour, vous deviez ramasser des cartons dans les poubelles pour pouvoir allumer un feu et réchauffer un peu vos enfants affaiblis par des estomacs vides? Vous trouveriez certainement horrible de voir apparaître les os de leur silhouette à cause de la malnutrition et aussi de remarquer la décoloration de leurs cheveux.

Personne ne veut vivre pareille situation et se sentir aussi impuissant. Personne ne veut avoir à se dire : qui mourra en premier et qui réussira à survivre?

Deux chemins menant à la mort

Ce n’est pas exagéré de dire que les gens sont très désespérés. Et chaque fois qu’on se rend sur le terrain, le désarroi de ces personnes est toujours aussi poignant. Chaque fois que quelqu’un raconte son histoire en espérant pouvoir être aidé, c’est déchirant.

Plus la guerre s’étire, plus les gens deviennent vulnérables, plus ils sont nombreux à être désespérés et plus il est difficile pour les ONG d’agir. C’est pourquoi la paix est cruciale.

 

CARE is responding to the crisis in Yemen

En regardant les photos que j’ai prises de ma maison après la frappe aérienne et de mon séjour au camp, je réalise cette fatalité : la guerre au Yémen offre deux chemins qui mènent à la mort. Par le premier, les gens sont dans leur maison avec leurs proches, en bonne santé, et risquent d’être tués rapidement par une frappe aérienne. Par le deuxième, les gens regardent leur famille s’éteindre de faim à petit feu dans une tente à des kilomètres de chez eux.

À mesure que le temps passe, ils acceptent inexorablement l’idée que la mort arrivera par l’un de ces deux chemins, parce que la guerre favorise plus la mort que la vie.

C’est ça, le Yémen, que vous soyez un travailleur humanitaire ou un bénéficiaire de l’aide humanitaire. Dans le pays le plus pauvre de la péninsule arabique, nous sommes tous des victimes du conflit, de la faim et de la maladie. Il est plus que temps que le monde s’éveille à cette réalité et s’intéresse à ce qui se passe au Yémen.


CARE Yémen rejoint actuellement près d’un million de personnes par mois et espère en aider davantage.

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