Liban : « On a survécu, sans plus. »

Par Ramzi Saliba, Directeur de programme, CARE Canada

Une semaine après l’explosion dévastatrice qui a secoué Beyrouth et détruit la moitié de la ville, l’onde de choc n’a pas fini de broyer les cœurs et les âmes de celles et ceux qui ont assisté à la plus grande explosion en temps de paix de l’histoire.

« Comment ça va? » C’est ce que j’ai demandé à mon amie au Liban lorsque je l’ai appelée depuis chez moi, au Canada, pour avoir de ses nouvelles.

« Ça va, m’a dit mon amie. En apparence », a-t-elle ajouté après une pause.

C’est la même réponse que m’ont faite toutes les personnes à qui j’ai parlé dans les 24 heures suivantes.

« Je suis anesthésié. Épuisé. Je ne ressens plus rien, sauf de l’impuissance. »

Ce n’est pas du désespoir que j’entends. C’est un profond traumatisme.

Je suis né au Liban et je vis maintenant au Canada. J’assiste à cette crise et à son onde de choc en ayant deux perspectives différentes. 

Cleaning up debris after the devastating explosions in Beirut. Photo: Marc Amil

Je constate l’incroyable générosité des Canadiennes et Canadiens qui répondent nombreux à l’appel pour fournir l’aide d’urgence dont les gens de Beyrouth ont besoin. Au milieu de cette tragédie, c’est ce qui me réchauffe le cœur et me comble d’espoir.

Toutefois, j’entends aussi les voix de mes amis et de ma famille au Liban qui me répètent que la destruction n’a aucune commune mesure.

Dix jours après l’explosion, les personnes avec qui je discute au Liban sont encore trop secouées pour saisir l’ampleur de la catastrophe.

Le fait de voir sa capitale réduite en cendres en quelques secondes a causé des souffrances que tout reportage, billet de blogue ou vidéo sur les médias sociaux ne pourra jamais véritablement traduire.

Or au milieu de toute cette tragédie, des gens de tout le pays se mobilisent. Ils mettent en commun leurs compétences, apportent balais et pelles, sans oublier leur masque pour se protéger de la COVID-19, et se rendent à Gemmayzeh, à Mar Mikhael et à Ashrafieh pour nettoyer les décombres et offrir un peu d’espoir à celles et ceux qui en ont le plus besoin.

Ces gens ordinaires sont les véritables héros de l’humanitaire.

Sur les photos de la Beyrouth d’aujourd’hui, aucun des repères de la ville tels que je les connaissais ne subsiste. La tâche de reconstruction qui nous attend est titanesque – chaque rue, chaque bâtiment et chaque maison est en ruine.

Mes amis Marc, Tracy et Joanna se trouvent à Beyrouth en ce moment et ne sont que quelques-uns des nombreux volontaires qui se dévouent au nettoyage de la ville.

Ils ont d’abord choisi un édifice à logements dans le quartier de Geitawi. À l’intérieur de l’immeuble, ils ont trouvé des portes cassées, des fenêtres soufflées avec leurs cadres, une piscine endommagée, mais un propriétaire tenace.

« On ne peut pas me détruire. Je suis fort. Ma maison est gravement endommagée, j’ai dû abattre mon chien, mais je vais reconstruire. Je vais rester ici parce que c’est chez moi », affirme le propriétaire.

Mes amis se sont rendus à l’appartement du dernier étage. Ils ont trouvé du sang sur les murs, les portes, le sol et les escaliers. On pouvait en sentir l’odeur dans l’air.

Ils ont donc décidé de nettoyer le penthouse, lequel offre une vue panoramique de la ville. À l’horizon, on voit la mer, le port et le théâtre de l’explosion.

La tâche est colossale. Après deux heures et demie de dur labeur, même s’il restait encore beaucoup à faire, mes amis sont descendus nettoyer le stationnement afin de permettre aux véhicules de venir ramasser les débris. Une vieille dame a alors pointé le nez par la fenêtre et leur a demandé de l’aide pour démonter une télévision endommagée; dans un autre appartement, une famille leur a réclamé un coup de main pour mettre des bâches en plastique là où se trouvaient auparavant les vitres des fenêtres.

« Ce que vous avez vu aux nouvelles ne représente même pas 1 % des dommages. Il suffit de marcher dans une rue pour que quelqu’un vous appelle à l’aide », raconte Joanna.

« Tout le monde a le même sentiment, ajoute Joanna. On a survécu, sans plus. »

Damage in Beirut, Lebanon following explosions on August 4, 2020

Les Libanaises et Libanais sont connus pour être des gens d’une grande résilience, capables de rebondir.

Au milieu de la désolation surgissent des signes de survie, d’espoir, de détermination – et une volonté inébranlable de reconstruire. Mais pour l’heure, aujourd’hui, le peuple libanais est en grande difficulté et a besoin de votre aide.

CARE Canada est fier d’être membre de la Coalition humanitaire, qui regroupe les principaux organismes humanitaires agissant de concert pour réunir des fonds, s’associer au gouvernement et mobiliser les médias, les entreprises et les citoyens canadiens lors de situations d’urgence. Du 4 au 24 août, le gouvernement du Canada versera l’équivalent de tous les dons faits aux membres de la Coalition humanitaire jusqu’à concurrence de 5 millions de dollars.

Grâce à votre soutien, CARE contribue à fournir nourriture, abri et sécurité à celles et ceux qui ont tant perdu.