Réflexions sur une année pas comme les autres : mot de la présidente et chef de la direction

Par Barbara Grantham, présidente et chef de la direction de CARE Canada

Plus que quelques jours avant de terminer une année comme nous n’en avions jamais vu.

L’année 2020 nous a apporté son lot de nouvelles idées, de nouvelles émotions et de nouveaux termes. Aux jours heureux de 2019, il était rare que nous employions des termes comme « nombre de reproduction de base », « mesures de restriction », « nombre de cas », « traçage des contacts », « confinement » et « distanciation physique ».

Nos façons de communiquer les uns avec les autres ont profondément changé. Désormais, les messages d’entreprise contiennent les sempiternelles formules classiques sur « la sécurité et le bien-être » en « ces temps sans précédent ». En matière de santé publique, nous sommes passés de consultations individuelles avec notre médecin de famille à des bulletins truffés de données factuelles sur l’évolution de la « courbe » ou le nombre d’ dans notre région. Quant à nos rencontres (accueillies tièdement, je le sais, par certains), elles ont pris l’apparence nette et sans profondeur des pixels de… Zoom.

Lors de ma première réunion physique avec l’équipe de CARE Canada, au début de mars 2020, j’ai parlé de ma prédilection pour les rencontres et la collaboration en personne, du fait que j’étais impatiente de voir et d’expérimenter nos activités de première main et de l’énergie que je sentais émaner de notre travail consacré au soutien des femmes et des jeunes filles du monde entier.

Mais au moment où je suis entrée officiellement en fonction, le 1er avril, tout avait basculé.

Comme vous, j’ai passé ces premières semaines à tenter de comprendre les répercussions qui allaient s’ensuivre : comment notre travail humanitaire et nos activités de développement allaient devoir changer et comment les vies de nos collaborateurs d’ici et d’ailleurs, elles aussi, allaient changer. Pour chacune et chacun de nous, les choses semblaient avoir pris soudain une tournure différente sur cette planète fragile.

Les enfants restaient à la maison au lieu d’aller à l’école ou à la garderie. Nos proches étaient seuls ou hors de portée. Le réseau de santé était saturé, et nombre de services avaient été balayés du jour au lendemain. Certains de nos besoins les plus fondamentaux, tenus pour acquis depuis longtemps, nous importaient soudainement au plus haut point (vous vous souvenez de la ruée vers le papier de toilette et des étagères vides des magasins?).

Et puis, le verdict est tombé, dévastateur, brutal et lapidaire : cette pandémie avait des répercussions disproportionnées sur les femmes. Les femmes qui prodiguent des soins, les femmes qui travaillent en première ligne dans les établissements de santé et les commerces, les femmes qui ne peuvent plus gagner un revenu et assurer la subsistance de leur famille de manière digne.

Cette injustice est la réalité de millions de femmes que CARE a soutenues au cours des 75 dernières années. Et personne ne le sait mieux que nos collaborateurs qui œuvrent dans une centaine de pays du monde. Comme ils vivent dans les communautés où nous gérons nos propres programmes, les employés de CARE sont les mieux placés pour écouter, comprendre et, grâce au renforcement du leadership local, induire un changement durable. Ces membres extraordinaires de la famille CARE comprennent intimement ce que signifie connaître la sécheresse, affronter les conflits, souffrir de la précarité et rêver d’un avenir meilleur pour ses enfants que ce que le statu quo a à leur offrir.

Pourtant, bon nombre d’entre nous qui sommes nés au Canada après la Seconde Guerre mondiale voient pour la première fois leur quotidien bouleversé, et leur santé et leur sécurité directement menacées. Les débats populaires (« ai-je vraiment besoin de porter un masque? », « devrais-je envoyer mon enfant à son entraînement de hockey? ») en disent long sur les privilèges dont jouissent tant de Canadiennes et de Canadiens (mais certainement pas tous) en cette période de crise mondiale.

Certains d’entre nous qui avons le loisir de réfléchir nous font part de ce qu’ils estiment prioritaire – et cela a radicalement changé : les grands-parents et les aînés; les enfants; les amis; la santé et la sécurité (y compris la santé mentale).

Alors que la pandémie a causé des arrêts et des bouleversements, d’autres crises de justice sociale qui sévissent depuis longtemps ont exigé notre attention et notre action collectives.

Le décès de George Floyd nous a rappelé avec force que l’égalité n’est pas uniquement menacée dans les pays étrangers où nous déployons nos interventions. Elle est également en péril ici, chez nous. C’est sans compter les débats collectifs entourant le mouvement #MeToo, qui nous forcent à reconnaître l’omniprésence du harcèlement sexuel et de la violence envers les femmes. Dans la foulée, beaucoup d’entre nous se demandent comment nous avons laissé une telle chose se produire et comment nous pouvons recoller les pots cassés.

J’y ai beaucoup réfléchi, comme tant d’autres qui ont sondé leur conscience pour tenter de comprendre notre époque, pour savoir comment nous pouvons soutenir nos familles et nos proches, pour surmonter l’impasse. Et pendant ce temps, une autre chose incroyable s’est produite. Nous avons bénéficié d’un véritable leadership : un leadership qui dissipe les profondes incertitudes qui nous tenaillent, qui tient compte de la diversité des points de vue et qui voit loin en plaçant la vie humaine avant le profit économique.

Les femmes représentent bon nombre de ces leaders qui ont aidé les Canadiennes et Canadiens, mais aussi les populations du monde entier, à survivre à l’an 2020, comme l’attestent de nombreuses mentions faites au cours des derniers mois. L’inspiration vient de tous les fronts, qu’il s’agisse de l’administratrice en chef de la santé publique du Canada, d’une aide familiale à domicile dans une petite ville, de la première ministre d’un pays qui a aplani la courbe ou encore d’une sage-femme dans un village rural en Zambie. Les femmes ont tenu et tiennent encore le gouvernail… pour le bien de tous.

Tandis que je m’apprête à terminer l’année, je réfléchis à ce que j’ai appris : nous ne serons en sécurité que lorsque chacun et chacune d’entre nous sera à l’abri. J’ai aussi une pensée pour celles et ceux qui m’ont inspirée : ces gens qui tendent la main aux autres partout dans le monde pour leur venir en aide et guérir leurs maux. Enfin, je me tourne vers ce qui me redonne espoir : une nouvelle année marquée par le retour des enfants à l’école, des aînés en bonne santé, le retentissement de la voix des femmes, des embrassades à profusion et plus de possibilités pour celles et ceux d’entre nous qui se soucient des autres.

Amitiés,

Barbara Grantham
Présidente et chef de la direction
CARE Canada


 

Barbara Grantham is CARE Canada’s President & CEO