Journée mondiale de l’aide humanitaire en 2021

Par Barbara Grantham, Présidente et chef de la direction, CARE Canada

Chaque année, à l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire (le 19 août), CARE rend hommage aux travailleuses et travailleurs humanitaires du monde entier qui risquent leur vie pour venir en aide aux familles touchées par la violence, l’insécurité alimentaire, les catastrophes naturelles et les crises sanitaires comme la pandémie de COVID-19.

La plupart d’entre eux voient dans l’aide humanitaire bien plus qu’un travail. C’est une vocation.

Je suis honorée de faire partie d’une organisation qui est un chef de file mondial de la gestion des crises humanitaires. Lorsque j’ai commencé à travailler pour CARE Canada, personne n’imaginait que mon parcours débuterait au beau milieu d’une pandémie, qui a ajouté une autre menace à la santé, à la sécurité et à la subsistance de populations parmi les plus vulnérables du monde : les femmes et les enfants.

Partout sur la planète, les femmes et les jeunes filles sont souvent celles qui sont nourries en dernier et qui mangent le moins en période de sécheresse ou de famine, qui sont plus exposées au risque de violence sexuelle durant des conflits ou des déplacements, et qui se heurtent à des obstacles quand elles veulent accéder au marché du travail et faire partie de la population active. En outre, elles ne participent presque pas, voire jamais à la planification de l’aide humanitaire et des interventions en situation d’urgence, ni à la prise de décisions connexes. CARE travaille sans relâche pour faire tomber ces obstacles et veiller à ce que les femmes et les jeunes filles participent aux processus de décision et de planification et supervisent ceux-ci dans leurs collectivités.

En 2021, alors que le monde réagit encore collectivement à la pandémie de COVID-19, les crises existantes continuent à prendre de l’ampleur, souvent exacerbées par cette même pandémie, et il semble que de nouvelles crises fassent leur apparition quotidiennement, comme nous en sommes témoins depuis une semaine en Haïti et en Afghanistan. La pandémie a ajouté un autre degré de complexité à un contexte humanitaire mondial déjà fragile.

Dans le monde entier, les systèmes de santé ont été considérablement affaiblis par la pandémie. Le soutien dont bénéficiaient auparavant les femmes et les jeunes filles (par exemple, les services de santé reproductive, la prévention de la violence sexuelle et l’aide aux survivantes) a fortement diminué parce que les ressources sont détournées pour répondre à la pandémie. À l’échelle mondiale, la famine progresse en ampleur et en gravité. Selon le Rapport mondial 2021 sur les crises alimentaires (résumé) du Programme alimentaire mondial, plus de 41 millions de personnes dans le monde risquent actuellement d’être touchées par la famine ou par des conditions proches de la famine, à moins qu’elles ne reçoivent une assistance vitale immédiate. De plus, 132 millions de personnes supplémentaires pourraient souffrir de la faim à cause de la COVID-19.

Et pour la première fois en 30 ans, les gains en matière de développement humain réalisés au prix de nombreux efforts risquent d’être perdus, ce qui,

Il est difficile de garder espoir devant l’état de notre monde. Pourtant, chaque jour, je me sens inspirée par les employés de CARE partout dans le monde, par nos collègues des organisations partenaires, par celles et ceux qui nous appuient et qui font des dons, et surtout par la force et la détermination des gens à qui nous venons en aide.

Il faut garder espoir. Nous pouvons tous faire un geste pour aider les gens qui sont dans le besoin, même s’il nous paraît insignifiant. Nous pouvons en apprendre davantage sur ce qui se passe au-delà de notre environnement immédiat et surtout de notre pays. Nous pouvons demander à nos dirigeants d’offrir aux femmes davantage de possibilités d’exercer un leadership et de participer à la prise de décisions. Nous pouvons demander aux partenaires et aux intervenants locaux d’investir davantage, en garantissant que les membres des collectivités directement touchées par des crises sont entendus, ont des droits et détiennent certains pouvoirs.

Mais surtout, nous pouvons aussi aider les travailleuses et travailleurs humanitaires qui s’efforcent jour après jour de porter secours aux populations les plus à risque dans le monde.

Il faut offrir aux travailleuses et travailleurs humanitaires (qui risquent leur vie et s’engagent à aider les personnes les plus touchées par la violence, l’insécurité alimentaire, les catastrophes naturelles et, maintenant, la COVID-19) un soutien et un engagement internationaux accrus afin d’éliminer les menaces à la santé, à la sécurité et à la subsistance des femmes et des jeunes filles dans le monde entier.

La seule chose impensable, c’est de ne rien faire.

Chaque défi crée un monde de possibilités. La pandémie est en train de relâcher lentement son emprise sur les pays riches, mais elle ne sera maîtrisée nulle part tant qu’on ne la maîtrisera pas partout. Or, quand la moitié de la population mondiale n’a aucun pouvoir décisionnel, qu’on ne répond pas à ses besoins et qu’on n’écoute pas ce qu’elle a à dire, cela a une incidence sur nous toutes et tous.

Les mesures que nous prenons maintenant détermineront ce que nous laisserons aux générations futures. C’est pourquoi chacune et chacun de nous doit se demander quel héritage il veut laisser et ce qu’il peut faire dès aujourd’hui.