Prendre les rênes de sa destinée : L’histoire de Dhikryat

Après des années de guerre, la crise au Yémen conserve le titre peu enviable de la pire crise humanitaire au monde. Cet interminable conflit a eu des effets disproportionnés sur les femmes et les jeunes filles du pays, qui sont particulièrement vulnérables. Avant même la flambée de violence en 2015, le Yémen figurait en queue de classement quant à la participation économique et au niveau de scolarité des femmes.

« Naître au Yémen, c’est devoir se battre toute sa vie pour répondre à ses besoins fondamentaux, comme se nourrir et avoir accès à l’eau potable », explique Dhikryat, une jeune trentenaire pleine d’ambitions qui vit à Aden, dans le sud du pays.

Dhikryat est la plus jeune d’une famille de neuf enfants, et son père est le principal pourvoyeur de la famille.

« Le modeste salaire de mon père ne suffisait pas à payer nos dépenses mensuelles. Nous ne mangions que deux repas par jour, et je me sentais souvent démunie. »

Travaillante, Dhikryat a plusieurs cordes à son arc. Après avoir obtenu un baccalauréat en physique, elle a poursuivi son apprentissage et détient maintenant un certificat en secrétariat, en technologies de l’information et en conception Web.

« Je rêve d’autonomie financière depuis que je suis toute petite. À 15 ans, j’ai commencé à faire l’école aux enfants de mon quartier moyennant une petite contribution financière. Après l’université, j’ai occupé des emplois divers : enseignement, couture, conception et vente de t-shirts imprimés, etc. J’ai pris conscience que, quelles que soient les difficultés auxquelles j’allais me heurter, je devais conserver mon droit de vivre et de rêver et ne jamais perdre espoir », ajoute-t-elle.

Puis, Dhikryat a entendu parler du programme Women in Enterprise proposé par CARE à Aden. Financé par la Fondation H&M, le programme offre de la formation gratuite aux entrepreneures pour qu’elles puissent se lancer en affaires et développer leur entreprise.

« J’ai appris les bases de la gestion de projet, de la comptabilité et du marketing, en plus de découvrir ce que sont les associations villageoises d’épargne et de crédit. Avec l’aide de ma formatrice, j’ai créé mon plan d’affaires et fait une demande de prêt. Grâce à mon esprit entrepreneurial aiguisé, j’ai décidé de lancer un service de taxi pour femmes. »

30-year-old Dhikryat, an ambitious young woman from Aden city, southern Yemen. Photos: Basma Ali/CARE
Dhikryat au volant de son taxi. Basma Ali/CARE

« Les femmes veulent pouvoir se déplacer en toute sécurité avec leurs enfants, mais les taxis conduits par des femmes sont rares, souligne Dhikryat. Au départ, mes frères étaient contre l’idée, mais j’ai insisté. Grâce au soutien de CARE, j’ai obtenu un prêt de 500 000 riyals yéménites, auquel se sont ajoutées mes économies personnelles (800 000 riyals). Avec cet argent, j’ai pu acheter une voiture et me lancer en affaires. »

« Au début, les clientes se faisaient rares. Je transportais une poignée d’étudiantes et de familles. Puis, pendant une séance de consultation du programme, on m’a conseillé d’apposer sur ma voiture un autocollant indiquant qu’il s’agissait d’un taxi pour femmes. Ma clientèle a depuis bondi. »

Parallèlement à son service de taxi, Dhikryat enseigne dans une école privée et donne des cours privés chez elle.

« Je suis financièrement indépendante et je peux subvenir aux besoins de ma famille. J’ai aussi les moyens de rembourser mon prêt par versements mensuels. Ce projet a changé nos vies pour le meilleur. »

« Je planifie maintenant l’expansion de mon entreprise et je veux acheter un autobus. J’aimerais aussi ouvrir un jour mon propre centre de tutorat. Mon conseil à toutes les femmes : prenez les rênes de votre destinée, saisissez toutes les chances qui s’offrent à vous », conclut-elle.

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