Les secrets d’une entrepreneure péruvienne pour maintenir en vie son héritage amazonien : l’histoire de Mery

Grâce à son entreprise familiale d’artisanat au pérou, Mery Neli Salazar pedro célèbre son identité amazonienne.

Au Pérou, voilà 10 ans que Mery Neli Salazar Pedro dirige son entreprise familiale d’artisanat, Arte Yanesha Amazónica, qui fabrique des vêtements, des articles pour la maison et des accessoires traditionnels amazoniens.

Originaire de Loma Linda Laguna en Amazonie, Mery a déménagé à Lima, la capitale péruvienne, afin de faire ses études secondaires. Plus tard, c’est là qu’elle a rencontré son mari, lui aussi natif du même endroit. Ils ont alors décidé de créer une entreprise qui permettrait de célébrer leur héritage commun.

« Nous fabriquons des produits traditionnels qui appartiennent à notre patrimoine ancestral, explique Mery. Nous utilisons les motifs et l’iconographie dont nos aïeux ont rêvé. Ces représentations s’appuient sur leur connaissance de la nature, de la rivière, du ciel, de la forêt, des plantes et des animaux. C’est la culture qui nous a été transmise de génération en génération, et il est impensable qu’elle tombe dans l’oubli. Ici, tout ce que nous faisons est porteur de sens. Nous souhaitons que le monde entier sache qui nous sommes, et qu’il découvre notre culture et notre identité. »

Le processus de fabrication de chaque article demande du temps : il faut broyer et faire bouillir des graines et des enveloppes de végétaux amazoniens, ajouter le tout aux tissus, les faire tremper, les faire bouillir à nouveau, remuer constamment, puis fixer les couleurs avec des produits naturels, comme du vinaigre ou du sel. Tout ce travail s’apparente à un véritable acte d’amour.

Un parcours semé d’embûches

À leurs débuts, Mery et son époux ont été invités à vendre leurs produits sur un marché. Néanmoins, ils se sont vite rendu compte qu’ils n’avaient pas assez d’articles pour garnir leur étal, ni suffisamment d’argent pour constituer un stock.

« C’était un réel problème, se souvient Mery. Nous sommes partis avec seulement quelques sacs, une couronne et des plantes médicinales. »

Certes, des proches restés sur place leur envoyaient des produits naturels, mais il était nécessaire d’investir pour que l’entreprise se développe et prospère.

« Nous nous sommes heurtés à de nombreuses difficultés, raconte Mery. Pour une femme, il est un peu compliqué d’obtenir un prêt, car la liste des critères à remplir est longue. On demande par exemple à l’emprunteuse de fournir un permis d’exploitation ou de donner sa maison, voire sa propre entreprise, en garantie. »

Mais les obstacles pour une femme ne s’arrêtent pas là. Mery précise :

« Parfois, c’est le mari qui s’oppose à ce que sa femme travaille. Il veut la garder à la maison pour qu’elle s’occupe des enfants, et ne la laisse pas exprimer son potentiel ou gagner sa vie de manière indépendante. Les femmes devraient elles aussi avoir la possibilité de travailler et de développer leur entreprise. Cette situation est parfois frustrante, mais nous avons quand même réussi à triompher de tous les obstacles. En tant que femmes, nous pouvons accomplir de grandes choses. »

Pour Mery, la COVID-19 a été un véritable coup de tonnerre, qui a menacé son activité en raison des longues périodes de fermeture. Déterminée à sauver son entreprise, elle a décidé de se diversifier en vendant des couvre-visages.

« La pandémie nous a fait beaucoup de mal, et c’est vrai pour le secteur de l’artisanat en général, confie Mery. Pour gagner de l’argent et aider à subvenir aux besoins de la famille, nous avons dû nous réinventer, rester à la maison, vendre nos produits sur les médias sociaux et effectuer des livraisons à domicile. »

Selon Mery, l’entreprise doit sa survie aux vertus « du travail d’équipe et du travail en famille ».

Mery Neli Salazar Pedro shows off the handmade products she produces in
Mery Neli Salazar Pedro Photo : CARE Pérou

Passage à l’ère numérique

Au sein de l’entreprise, chaque membre de la famille a un rôle précis. C’est par exemple son mari qui est chargé de la logistique et des nouveaux marchés. Quant à sa plus jeune fille, elle donne un coup de main avec les médias sociaux et la publicité. Comme de nombreux chefs d’entreprise, Mery devait compter sur l’aide de ses enfants pour ses activités en ligne.
Mais en 2021, elle a pris part au programme Ignite de CARE. Elle a ainsi pu tirer parti de séances de formation, et a notamment appris à optimiser ses ventes grâce aux médias sociaux.

« Nous souhaitons que davantage de Péruviennes et de Péruviens connaissent notre entreprise et passent commande au moyen des médias sociaux, déclare Mery. [Ce projet] nous a permis d’apprendre comment utiliser ces outils pour promouvoir nos produits et les négocier. Il nous a aussi aidés à nous familiariser avec les techniques de fidélisation de la clientèle et avec l’usage des paiements en ligne. Ces séances de formation nous ont été d’un très grand secours. »

Grâce au programme, Mery a également pu découvrir l’application LISTA, lancée par Fundacion Capital, une entreprise à vocation sociale. Cet outil offre aux entrepreneurs des modules d’initiation à la finance, au marketing et au développement des affaires. Au début, Mery s’est butée à quelques difficultés pour se servir de l’application. Aujourd’hui, elle en rit. Elle explique volontiers comment elle a reçu l’aide du groupe Ignite sur WhatsApp et de celle de son mentor.

Cette initiation à l’épargne avec l’application a eu des retombées extrêmement favorables pour l’entreprise.

« La question de l’épargne s’est révélée particulièrement complexe, car il n’était pas dans nos habitudes d’économiser, témoigne Mery. C’est un apprentissage qui a profité à toute la famille. Nous savons aujourd’hui qu’il faut distinguer les dépenses nécessaires de celles qui ne le sont pas. L’application LISTA nous a montré comment équilibrer un budget et a donc été pour nous très utile. »

Grâce à l’application, Mery a également appris à faire la promotion de ses produits, à effectuer des paiements numériques et à servir sa clientèle.

De nombreux projets

Mery souhaite faire découvrir son héritage culturel autant que possible. Elle en tire d’ailleurs un immense plaisir.

« Lorsqu’un client fait entrer notre culture yanesha dans sa maison, j’éprouve une profonde satisfaction et une grande fierté, assure Mery. J’aimerais étendre notre activité à l’échelle nationale et internationale pour faire connaître au monde entier notre art, notre identité et notre culture. »

À terme, elle aimerait contracter un prêt commercial avec le soutien du programme Ignite, afin de devenir propriétaire de sa propre boutique à Lima.

Mery participe au programme Ignite de CARE. Cette initiative permet de libérer le pouvoir des entrepreneures qui souhaitent accroître leur activité pour aider à bâtir une économie résiliente et inclusive. Le programme est déployé au Pakistan, au Pérou et au Vietnam, où de nombreuses microentreprises et petites entreprises sont prêtes à investir, mais manquent de soutien et de structures d’accompagnement adaptées. En matière de prestation de services, Ignite adopte une approche axée sur le marché, à la fois durable et évolutive, et s’appuie sur une collaboration étroite avec les fournisseurs de services à l’échelle locale. Ignite facilite en outre l’accès au financement, notamment aux prêts, grâce à des conditions plus souples. De plus, le programme aide à mettre en place un soutien essentiel, en proposant par exemple un système de mentorat ou des formations au numérique. Il permet enfin d’organiser des campagnes de sensibilisation, portant aussi bien sur l’initiation à la finance que sur les normes préjudiciables liées au genre.

Retrouvez Artes Yanesha Amazónicas sur Facebook et sur Instagram.

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