Participantes du programme « Women Lead in Emergencies » au camp de réfugiés de Kyangwali à Kikuube, Ouganda.
Crédit photo : Ekinu Robert/CARE

LA FORCE DU LEADERSHIP DES FEMMES EN TEMPS DE CRISE HUMANITAIRE : JOURNÉE MONDIALE DES RÉFUGIÉS

Barbara Grantham, présidente et chef de la direction, CARE Canada

Pour la première fois de notre histoire, le nombre de personnes déplacées dans le monde a franchi la barre des 100 millions, selon des données récentes du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. Ce chiffre vertigineux est le résultat de la guerre en Ukraine, de la crise alimentaire imminente dans la Corne de l’Afrique et des conflits qui font rage en Éthiopie, en Afghanistan, au Myanmar, au Nigeria, au Soudan du Sud, au Yémen et en République démocratique du Congo.

Ce sont toujours les plus vulnérables qui sont les plus touchés en situation de crise. Les femmes et les enfants représentent 50 % des réfugiés dans le monde entier, mais ils ont très rarement voix au chapitre pour les enjeux qui les concernent. Dans de nombreux contextes humanitaires, les femmes ne sont pas entendues. Ainsi, les décisions ne tiennent pas compte des besoins des femmes et des jeunes filles. Celles-ci risquent davantage d’être victimes de violence fondée sur le genre, de manger en dernier ou de ne pas manger à leur faim quand la nourriture se fait rare et d’être sous-représentées – quand elles le sont – dans les lieux de décisions. Il est primordial de soutenir et de faire progresser la voix et le leadership des femmes, principales soignantes et pourvoyeuses en situation d’urgence.

Qu’arrive-t-il quand les femmes d’un camp de réfugiés participent à la prise de décisions et exercent leur leadership dans les situations d’urgence?

Le camp de réfugiés d’Omugo dans la région du Nil occidental, en Ouganda, participe au programme Leadership au féminin de CARE, qui fait intervenir des groupes communautaires de femmes afin de mieux comprendre et d’éliminer les obstacles systémiques qui empêchent les femmes de devenir des leaders. Le camp accueille plus de 880 000 réfugiés sud-soudanais arrivés au cours des 7 dernières années. De ce nombre, 82 % sont des femmes et des enfants. Dans le camp, les exemples de ce que peut accomplir le leadership au féminin en contexte d’urgence sont légion.

Ce projet m’a fait connaître des femmes merveilleuses qui vivent dans le camp d’Omugo, comme Ayite F., membre du groupe de femmes Yoleta. Ayite se souvient qu’à son arrivée au camp, les femmes n’avaient pas le droit de s’asseoir sur des chaises ou de manger certains aliments. À son grand bonheur, elle a pu développer son leadership et son esprit entrepreneurial, et a acquis beaucoup de connaissances et d’habiletés qui lui ont permis de prendre la parole devant les autres avec plus de confiance. Faire partie de ce groupe de femmes a fait d’elle une leader dans sa communauté.

Huda S., secrétaire de l’Environnement dans l’une des communautés du camp, est une autre de ces femmes admirables. Son rôle en tant que leader l’a amenée à assister et à participer à des réunions de la plus haute importance dans sa communauté. En concertation avec d’autres leaders et des aînés, elle a pu contribuer à décider où les services étaient nécessaires et la meilleure façon de les mettre en œuvre.

Quand les femmes ont leur place à la table des décisions, nous avons de meilleures chances de sauver des vies, de favoriser la dignité et le bien-être et de défendre l’égalité des sexes. Quand les femmes ont leur place à la table des décisions, la vie de toutes et tous en est améliorée.

En collaboration avec les groupes locaux de femmes, CARE et ses partenaires ciblent les obstacles qui empêchent les femmes d’être des leaders en situation d’urgence, que ce soit les strictes normes sociales et genrées des décideurs traditionnels, les craintes des hommes quant aux répercussions que l’implication des femmes en dehors de la maison pourrait avoir sur les autres tâches, le manque de connaissances des femmes et leurs appréhensions à prendre la parole en public et les pratiques de leadership actuelles qui privilégient les hommes.

Autonomiser les femmes et éliminer la discrimination sexuelle est l’affaire de toutes et tous. Au camp d’Omugo, la formation « Hommes exemplaires » a aidé les hommes et les jeunes garçons à s’attaquer aux normes sociales genrées, à faire résonner la voix des femmes dans leur communauté et à se positionner en alliés quand des femmes sont dans des situations difficiles. Ces initiatives ont entraîné des changements importants. Les hommes ont commencé à aider les femmes à accomplir les tâches ménagères et à s’occuper des enfants, en plus de les faire participer à la prise de décisions et aux réunions communautaires.

Vaincre les normes sociales n’arrive pas du jour au lendemain. L’histoire d’Abdallah A. en est un exemple. Il n’aidait jamais sa femme à faire les tâches ménagères, et avant de devenir un homme exemplaire, il lui arrivait aussi d’être violent envers les membres de sa famille. La formation lui a fait prendre conscience qu’il agissait mal. Il a commencé à travailler avec ses proches et, désormais, Abdallah a une famille heureuse et en santé.

Le changement prend du temps. Il exige que chacun de nous pose de petits gestes qui auront une portée immense. Les initiatives comme le programme Leadership au féminin de CARE dans le camp d’Omugo sont une étape essentielle pour que les réfugiés et les personnes déplacées soient entendus, que leurs besoins soient satisfaits et qu’ils puissent mener une vie heureuse, saine et productive.

Barbara Grantham

BARBARA GRANTHAM EST LA PRÉSIDENTE ET CHEF DE LA DIRECTION DE CARE CANADA